Larrons en foire et « luronvolutionnaire » en gloire

Il est chanteur ou plutôt rappeur.

Un rappeur plein de talent, d’intelligence et de vivacité comme la grande majorité de nos compatriotes, que les représentants de la dictature, s’entendant comme larrons en foire, tiennent à distance des affaires, afin de protéger leur petit confort et leurs avantages mal acquis.

Il est le Gavroche de la révolution marocaine, celui dont les vingt févriétistes, prétendent qu’il est leur voix.

Une sorte de troubadour des temps modernes.

Un luron que seules les révolutions savent produire.

En un mot, un « luronvolutionnaire », si je puis me permettre ce néologisme, aussi torturé que l’est, en ce moment, l’avenir de celui dont il est question aujourd’hui.

Son nom ? Mouad Belghouat.

A propos de lui, son ami Younes Derraz dit :

– « Avec pour toute arme le haut-parleur dont je lui ai fait cadeau, quelques bouts de ficelles, un courage hors du commun et une passion sans limites, il a réussi à fédérer , autour de lui, tout son quartier et en a fait un comité, confectionnant banderoles et affiches et imaginant des slogans extraordinaires d’originalité, dans le « comité créativité », dont nous faisions partie. Un militant formidable ! »

En bon artiste, Mouad s’était choisi un surnom, dont il ne se doutait pas qu’il était prémonitoire, « Lhaqed », le rancunier.

Et le régime marocain vient de lui fournir une raison supplémentaire d’en concevoir, de la rancune, en le faisant arrêter, sous le pitoyable motif de coups et blessures, ayant entraîné une incapacité de travail de quarante-cinq jours.

Lhaqed paie de sa liberté, l’audace de son engagement et le génie de ses textes. La toile regorge de ces clips, où il s’attaque à toute la pyramide du pouvoir marocain, sans en épargner le sommet, le roi, dont il moque les discours, n’hésitant pas à traiter, également, dans un rap rageur, les suppôts de la dictature marocaine, de « klab doula », les chiens du pouvoir.

Dans une des vidéos diffusées sur la chaîne Arte, on le voit dans sa chambre, dont les murs constellés de caricatures, de Tags, de citations de proverbes ou de poèmes, témoignent de son originalité.

Autant le dire, l’accusation, bien que spécieuse, est très grave, puisqu’elle expose le jeune révolté à une peine qui peut varier de trois à cinq ans de prison, le parquet ayant, au demeurant, la possibilité d’aggraver le chef d’accusation, en le transformant en tentative de meurtre, le voyou du mouvement pro-royaliste, ayant prétendu avoir reçu des coups qui l’auraient précipité dans le coma.

L’étrange et rapide mise en branle de la procédure judiciaire, ne laisse planer aucun doute sur la machination. A contrario, une fois notre ami entre ses griffes, la machine juridique semble s’être, bizarrement et soudainement, grippée et peine à avancer dans ce dossier plus que suspect.

Aucun des témoins à décharge, au nombre d’une quinzaine, ce jour-là, n’a jamais été entendu, par la police ou la justice, alors que notre ami croupit en prison depuis son arrestation, le vendredi 9 septembre, dans son quartier casablancais d’El Oulfa, où, en compagnie d’autres activistes du vingt février, il distribuait des tracts appelant à la mobilisation, pour la manifestation du dimanche qui allait suivre.

Le comateux a, purement et simplement, disparu de la circulation et n’a jamais répondu aux convocations de la justice, sans que le juge ne prenne l’initiative d’envisager une liberté provisoire pour le rappeur qui, aux yeux de la loi, est toujours présumé innocent.

Le régime persiste donc, à user et abuser, sans vergogne, de subterfuges archaïques, pour mettre hors d’état de nuire ses adversaires politiques.

En livrant notre ami à la vindicte combinée de ses hooligans, d’une police aux ordres et d’une justice au garde-à-vous, le régime n’aura dupé personne et aura accompli le brillant exploit de liguer contre lui, de nouveaux indignés et d’étoffer nos rangs de quelques milliers de démocrates supplémentaires.

La voix de Mouad s’est tue, pour un moment, happée par la tornade répressive qui s’abat sur les opposants à l’absolutisme, depuis le début du printemps marocain, ce 20 février 2011.

En embastillant brutalement ce chantre de la démocratie, le régime commet une énième erreur, une de plus dans la longue litanie de stupidités, auxquelles il nous a accoutumés.

Au courage sans limite du jeune rappeur, ils ont opposé leur lâcheté. Celle du nombre et de l’appareil répressif.

A la finesse de ses textes, la brutalité policière.

A son génie créatif, leur absurdité stérile.

A son intelligence, leur bêtise et leur hypocrisie.

Le Makhzen qui pense ainsi, nous obliger à parler de « Lhaqed » au passé simple, en oublie de jeter un regard, aussi furtif soit-il, vers ces régimes, dont la route s’est brutalement achevée en impasse, tenant plus du conteneur à ordures, que d’une quelconque place, dans les chapitres d’histoire du genre humain.

Tout au plus, notre régime politique, ou plutôt le leur, mériterait, conformément à son règne misérable, fait de vols, de rapines, de pillages et de cuissages, ces quelques lignes, équivalant à une épitaphe:

« Ci-gît le régime marocain scélérat, emporté par la fureur du peuple qu’il a agoni pendant plus de cinquante longues années ! »

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