Mic-mac à la marocaine

Au cours d’un point de presse, huit partis politiques marocains ont annoncé leur décision de former une alliance, en vue des prochaines élections législatives.

Ils ont intitulé ce conglomérat, « la coalition pour la démocratie ».

Il regroupe quatre partis de l’administration, le Rassemblement national des indépendants (RNI), l’Union constitutionnelle (UC), le Mouvement populaire (MP) et le parti Authenticité et modernité (PAM), trois partis de gauche ou apparentés, le Parti socialiste (PS), et le Parti travailliste (PT) et le Parti de la Gauche verte (PGV) et enfin le parti islamiste Annahda oual fadila.

L’annonce risque-t-elle d’interpeller, le militant de base ? Qu’à cela ne tienne, les responsables se sont fendus d’un complément d’information qui en dit long sur les mécanismes qui régissent notre vie politique :

« Dans cette coalition, chaque parti politique doit conserver l’indépendance et la souveraineté de ses organes de décisions »

Nos hommes politiques nous donnaient depuis longtemps, déjà, l’impression de marcher sur la tête, à force d’incohérence et de compromission. Ils viennent de franchir un palier supplémentaire en entamant un étrange exercice de funambulisme.

Dans ce ménage à huit, qui relève moins d’un beau mariage, que d’un concubinage « distancieux », où chacun des partenaires garderait son chez soi, ce qui choque par-dessus tout, c’est le triomphalisme affiché par les responsables, comme si opter pour cette espèce de Libertarianisme réinventé, constituait un défi génial aux lois de la pesanteur.

En ces temps de « parturience » électorale, à qui profite le crime, tant cette union contre-nature semble suspecte ?

Certainement pas aux quatre « particules » qui sont quantité négligeable dans le paysage politique marocain atomisé par la balkanisation. D’autant qu’à voter pour la gauche de Sa Majesté ou ses islamistes, l’électeur préférera plutôt les originaux que sont Koutla et PJD plutôt que ces pâles copies velléitaires.

C’est plutôt du côté du P.A.M. qu’il faut rechercher le « coupable ».

Depuis le coup de force qui a renversé Ahmed Osman en avril 2007, et son remplacement par Mustapha Mansouri, puis par Salaheddine Mezzouar, le RNI n’arrive toujours pas à faire oublier son passé de parti créé de toutes pièces, par le palais. Médiocrité de bilan, docilité vis-à-vis des postures les plus discutables du pouvoir, affaires de corruption, ou encore bourdes à répétition de certains ministres, tels le transhumant Moncef Belkhayat, auront achevé de jeter le discrédit sur le Rassemblement.

L’Union constitutionnelle ne se porte pas mieux que le RNI, avec lequel il partage la même origine palatiale et par conséquent les mêmes casseroles. Il ne s’est jamais remis du décès de son dirigeant charismatique Maati Bouabid, en 1996.

Longtemps en crise, le Mouvement Populaire voit plutôt, d’un très bon œil, cette alliance qui n’est pas sans lui rappeler ses propres résolutions de réunification de ses différentes composantes.

Pour étayer leurs positions, les trois partis, se coulent à présent, de bonne grâce, dans le costume du vassal, cherchant alliance et protection, auprès du suzerain du moment, le PAM.

En balkanisant à rebours des partis de l’administration en perte de vitesse, Fouad Ali El Himma qui craignait un raz-de-marée islamiste, espère asséner un KO technique au PJD et au PI.

Cette alliance, est une bénédiction pour l’ami du roi,  Agoni par la rue pour ses méthodes absolutistes, car tout en diluant son parti dans la masse, elle lui fait prendre du champ, et l’autorise à tirer les marrons du feu et neutraliser du même coup, un Mezzouar, dont tous s’accordent à lui prédire un avenir de « primaturable ».

Cette sorte d’union sacrée ressemble, à s’y méprendre, à un gouvernement provisoire de salut national, compte tenu des difficultés qu’affronte le régime marocain, en ces temps de printemps arabe.

Mais comme l’hirondelle ne fait pas le printemps, une coalition ne fait pas la démocratie, même si elle s’en donne le nom. Sans un véritable transfert des pouvoirs à un gouvernement comptable de ses actions devant le parlement, c’est le régime marocain qui est condamné à terme, d’autant que les périls continuent de s’accumuler et prendre de l’ampleur.

Le péril Saharoui

L’une des menaces les plus sérieuses, même si les responsables persistent à mettre la tête dans le sable, reste le problème du Sahara, auquel le régime marocain semble n’avoir toujours pas trouvé de solution, hormis sa traditionnelle attitude de brutalités et de maladresses, envers les populations sahraouies.

Tous les rounds de négociations qui se sont succédés, ces dernières années, se sont soldés par de cuisants échecs pour une diplomatie marocaine qui a fait de l’amateurisme et du pourrissement de dossier, son unique cheval de bataille.

Les exactions criminelles, commises, dernièrement, par ceux que nos compatriotes du Sud qualifient de « colons », ont achevé de raidir la situation. Pour couronner le tout, le régime, à court d’argument, n’a pas trouvé mieux que de faire donner la troupe, pour rétablir l’ordre. On aurait voulu rappeler aux populations sahraouies qu’elles étaient sous occupation militaire, qu’on n’aurait pas mieux agi.

Dans ce contexte crispé, se tient depuis lundi, La quatrième commission de l’ONU, chargée de la question de la décolonisation. Celle-ci devrait soumettre un projet de résolution concernant le dossier sahraoui, à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies avant la fin de l’année 2011.

La répression des populations, les bruits de bottes, la course à l’armement à laquelle se livrent le Maroc et l’Algérie, et surtout, les derniers événements de Dakhla et la révolte qui gronde, ne vont pas manquer de mettre notre pays, une nouvelle fois en difficulté. Plusieurs voix, et non des moindres, s’élèvent en faveur du peuple sahraoui et les termes comme « droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental», ne vont pas manquer de prendre, pour nos diplomates, la saveur du fiel.

Le représentant permanent du Lesotho auprès des Nations unies, Motlatsi Ramafole, a eu des mots lourds de sens, pour qualifier la situation de nos provinces du Sud :

«La question du Sahara occidental est, sans doute, la question coloniale la plus cruciale de l’agenda de l’ONU».

Aucun gouvernement marocain n’a jamais osé s’atteler de façon sérieuse à l’affaire du Sahara, chasse gardée et fonds de commerce de la monarchie. Un sujet tabou qui a conduit plus d’un démocrate en prison.

L’heure de payer trente cinq ans de turpitudes, semble avoir sonné.

 

Le péril économique

Ensuite il y a la crise économique, qui commence à sérieusement, inquiéter la communauté mondiale et dont nos gouvernants continuent à nier les effets sur notre économie, en balayant d’un revers de main, sa simple évocation.

Pourtant, la menace est bien réelle, d’autant que le pays, qui vit largement au-dessus de ses moyens, semble avoir consommé son pain blanc, à coups d’infrastructures dispendieuses qui devaient ouvrir le pays et préparer le socle des investissements étrangers. Depuis, les investisseurs ont déserté le pays, rappelés à l’ordre par une économie mondiale durement éprouvée par la crise des subprimes puis par celle de la dette américaine et enfin celle de la zone Euro. Les européens ont beau concaténer les sommets pour administrer des remèdes de cheval à leur économie, rien n’y fait.

Crédité d’un déficit budgétaire probable de 7,5% à l’horizon 2012, pour 5,7% actuellement, le Maroc cherche désespérément une solution à ses problèmes de dépenses en ciblant celles des administrations publiques et en feignant d’oublier l’essentiel, les dépenses du Palais et le train de vie royal qui ferait pâlir de jalousie n’importe quelle monarque occidental.

Oubliées également les dépenses occasionnées par les grands travaux, faits du Prince, et dont personne n’ose contester au roi, l’opportunité, tel le projet de TGV, aussi budgétivore qu’inutile, ou encore le lancement d’un projet pharaonique du plus grand parc ornithologique, sud méditerranéen, sur 74 hectares, sur les anciens bassins de lagunage des eaux usées de la ville de Nador.

Oubliées aussi, les dépenses sécuritaires pour mieux réprimer la contestation ou encore les dépenses militaires, qui contribuent pour une grosse part à un endettement qui a désormais franchi le cap des 50%.

Dans cette cascade de morosité, tout porte à croire que le chômage, contrairement aux effets d’annonce, comme ce projet d’intégration de 297.000 demandeurs d’emploi, continuera sa courbe ascendante, alors que, déjà, près d’un jeune sur trois âgé de quinze à vingt-quatre ans est sans emploi.

Le péril printanier

Autre souci pour le pouvoir, et non des moindres, le printemps marocain, qui n’en finit pas de bourgeonner, chaque dimanche et faire éclore des milliers de manifestants pacifiques, mais déterminés à en découdre, définitivement, avec le makhzen et ses méthodes toutes d’archaïsmes.

Bien que la contestation semble s’essouffler, le feu couve sévèrement, sous la cendre et ne demande qu’à reprendre de plus belle. Un geste répressif de trop, une bavure policière contre un manifestant, un écart de conduite d’un proche du palais ou un geste inapproprié du roi, serait cette étincelle qui pourrait embraser le pays et emporter jusqu’à la monarchie. Pourtant, loin de calmer le jeu, le régime, qui semble plutôt conforté par la décélération des manifestations, réprime de plus belle, confie des missions de gros bras à ses voyous et opère des arrestations sous des prétextes fallacieux, parmi les rangs des jeunes du 20 février.

A Taza, dimanche dernier, des manifestants, s’en sont directement pris à la monarchie, traitant les Alaouites de voleurs et laissant présager un ton qui risque de se durcir au fil des semaines.

On peut, à l’éclairage de ces éléments, aisement s’imaginer la suite, si les élections devaient être, de nouveau, entachées de fraude et ce n’est pas l’annonce triomphale, hier, d’une coalition aux tenants antinomiques, qui va solder les douloureux chapitres de notre histoire, ni défricher les sentiers de notre destinée.

Publicités
Cet article, publié dans Uncategorized, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s