« Arrêtez de chercher votre fils ! »

Dans un rapport intitulé « Arrêtez de chercher vos fils ! », daté d’octobre 2010, l’organisation Human Right Watch dénonçait les exactions commises par le régime, à l’encontre des personnes suspectées d’appartenance à des réseaux terroristes.

Le rapport 2011, d’Amnesty International, en cours de finalisation, citant les témoignages des prisonniers et de leur famille est sans ambiguïté sur les méthodes et  procédés en vigueur,  dans les services de police, de justice et de l’administration pénitentiaire.

 

La procédure de l’arrestation

Les témoignages accablants et concordant  citent la même méthode d’arrestation qui met en scène des policiers sans uniforme, sans mandat d’arrêt, ni motif d’arrestation et qui font irruption, en nombre, au domicile de l’intéressé, quand ils ne l’interpellent pas, brutalement,  dans la rue pour le conduire à son domicile où ils se livrent à une perquisition, au terme de laquelle, ils saisissent ordinateur, téléphone portable, documents et même argent.

Ensuite de quoi, le prévenu est conduit menotté et encagoulé ou les yeux bandés au siège de la DST de Témara, ou à celui de la police judiciaire de Casablanca.

Les plus chanceux d’entre eux, ceux qui se plient aux aveux immédiats, subissent une version allégée des brutalités, telles les humiliations, les mauvais traitements,  les gifles et le cachot.

Pour les récalcitrants, ou ceux qui sont dans l’ignorance même de ce qui leur est reproché, les bourreaux infligent les tortures les  plus barbares : yeux bandés, entraves systématiques des mains, gifles, coups de pied, coups de poings, insultes, humiliation, viol à la bouteille, privation de sommeil, coups de bâtons sur la plante des pieds,  et interdiction d’accès aux toilettes. Les bourreaux n’hésitent pas à recourir à la menace de s’en prendre aux familles, y compris par le viol.

Les détenus qui subissent ce genre de  traitement qui peut s’étaler sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, finissent, en règle générale, par avouer ce qu’on leur reproche et signer le procès-verbal.

Certains d’entre eux, n’ont pas eu cette chance et sont morts sous la torture, comme ce fut le cas d’Abdelhaq Bentasar surnommé « Moul Sabbat , 30 ans et  de Mohamed Abounnit  33 ans.

A la clé, une disparition de plusieurs jours à plusieurs mois des prévenus, le temps de les broyer définitivement, d’annihiler toute volonté, puis de soigner blessures et hématomes

 

Parmi les cas les plus emblématiques

1- Les sept membres d’ «Al Adl Wal Ihsane » de la ville de Fès

Sept membres responsables du mouvement « Al Adl Wal Ihsane » de la ville de Fès ont été kidnappés violement de leur domicile à l’aube du lundi 28/06/2010, puis transférés à Casablanca où ils ont été soumis à une torture implacable pendant trois jours par les éléments de la brigade nationale de la police judiciaire avant d’être déférés devant le juge d’instruction et la cour pénale pour de fausses accusations d’enlèvement.

 

2-  le cas Bouchta Charef détenu dans le cadre de la Salafiya jihadia

Extradé par les autorités syriennes vers le Maroc  le 17 Juillet 2009, il est  immédiatement transféré   au centre secret à Temara où  il est  victime  du viol à la bouteille et de chocs électriques sur le pénis. Des tortures qui lui valent  des séquelles irréversibles.

Rien ne lui est épargné. Ni le supplice de « l’avion », ni celui de la falaqah, ou encore celui de la cellule aux odeurs pestilentielles d’excréments. Battu sans relâche et à la moindre occasion, il explique comment les bourreaux ont recousu son rectum déchiré par le supplice de la bouteille et attendu qu’il guérisse de ses hématomes avant de le prendre en photo pour les besoin de la fiche de police.

 

3-  Mohamed Rhaloud étudiant à l’université de Fes, actuellement incarcéré  à la prison locale de la ville de Fès sous le numéro d’écrou 70 840, raconte :

«  A l’instant même de  mon arrestation le 18 mai 2011, la torture physique et psychologique a commencé de diverses manières : coups par bâton, de chaînes, coups de pieds, gifles jusqu’à la perte de connaissance.  Après avoir repris mes esprits, je me suis retrouvé dans une voiture de police les yeux bandés et les mains menottées. A ce moment, j’ai entendu les cris de douleur de la camarade Fatima Zohra Elmaklaoui  torturée à son tour.

J’ai été torturé de façon barbare et impitoyable, le froid et la faim étaient aussi au rendez-vous

Le dernier jour de torture,  samedi 21 mai 2011, après avoir ficelé et falsifié mon dossier, ils m’ont demandé  de signer. A la simple question de savoir ce que je devais signer, une pluie de coups s’est abattue sur moi, m’obligeant à signer le procès verbal. »

 

La situation dans les prisons est, elle aussi, dénoncée fermement. Elle se présente comme suit :

Surpopulation avec  85.000 prisonniers alors pour une capacité d’accueil de 40.000 et, mauvaise hygiène alimentaire, sont le lot des détenus,  avec  un budget dérisoire de 12Dh par jour et par prisonnier, ne permettant pas d’atteindre le seuil minimum pour un repas équilibré. A titre d’exemple, dans les pays occidentaux, cette somme est de 89 dh par prisonnier et par jour.  A cette tendance, il faut ajouter une autre réalité tragique que sont les brimades infligées par le personnel pénitentiaire, qui refuse les paniers de nourritures à certains prisonniers d’opinion ou de croyance.

 

Le budget alloué à la santé et à l’hygiène ne laisse aucune chance aux prisonniers  dont beaucoup souffrent ou contractent sida, tuberculose, infections cutanées, maladies oculaires ou d’autres pathologies.

 

Torturés sauvagement, lors de leur arrestation, les détenus n’en subissent pas moins de cruels sévices dans  les prisons marocaines, où la maltraitance se trouve encouragée par l’impunité dont jouissent les directeurs des prisons et leurs collaborateurs.

Comme ces détenus salafistes du pavillon M1 et M2 et ceux de l’affaire Belliraj,  transférés à la prison de Toulal2 à Meknès et qui ont eu à subir les violation des droits les plus élémentaires tels,  le transfert arbitraire et éloignement  de leurs familles, l’enfermement dans des cachots métalliques exposés au soleil, la confiscation des vêtements et des effets personnels, y compris les trousses de toilette, privation des visites et des paniers de provisions, privation de soins médicaux, viol, repas servis dans des seaux hygiéniques, etc……

La liste est longue des exactions recensées. Elle ne comporte pas moins de vingt neuf points, aussi abominables les uns que les autres.  Ils constituent à eux seuls un réquisitoire implacable contre les méthodes en vigueur dans le système juridique en usage dans notre pays.

 

Le Maroc continue de nier ces pratiques comme cette lettre adressée par le Secrétaire Général du Ministère de la Justice marocain, Mohamed Lididi, le 10 octobre 2008, à Eric Goldstein, concernant le cas d’Abdelkrim Hakkou, enlevé et torturé dans les locaux de la DST.

Après les dénégations d’enlèvement et de torture, l’intéressé conclut sa lettre par une chute pitoyable, véritable morceau d’anthologie,  en matière d’hypocrisie et de langue de bois.

Il écrit :

-«  Quant à toute autre question que Monsieur Abdelkrim Hakkou, souhaiterait soulever et dont il voudrait avoir une réponse, il peut s’adresser à la juridiction de jugement saisie de son dossier, seule habilitée à enquêter en la matière. »

 

Neuf mois après le déclenchement du soulèvement marocain, ce chapitre des exactions commises par le régime marocain,  rédigé par des instances qu’on ne peut suspecter de partialité, devrait nous inciter à poursuivre jusqu’à la victoire finale la lutte entamée,  ce fameux dimanche 20 février 2011

 

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