Le clown et le dictateur

C’est au quartier Oulfa, à Casablanca, qu’il fallait se trouver, dimanche dernier.

Pendant près de quatre heures, le temps y a suspendu son vol et l’histoire a contemplé un de ces glorieux chapitres, qu’écrivent nos compatriotes, dans leur lutte contre la tyranie.

Ils n’étaient pas bien nombreux, pour écrire une révolution.

Du moins pas encore !

Tout au plus quelques milliers, d’abord douchés par une pluie. Histoire de présage : Manif pluvieuse manif heureuse !

Puis la pluie a cessé et le déferlement a eu lieu, ô lumineuse idée, vers le domicile parental de Mouad « Lhaqed ».

Rien n’a manqué à cet autre dimanche de la tragédie marocaine. Ni la détermination des manifestants, ni le cordon policier, ni les espions du régime et leurs caméras.

Moment de grâce exceptionnelle, ce magnifique slogan répercuté par des milliers de poitrines,  devant le domicile du chanteur et qui est monté crescendo, répercuté par l’étroitesse de la rue, jusqu’au ciel, pour y exploser :

« Koulna koulna haqdine, ghir diwna kamline ! », nous sommes tous des rancuniers, emprisonnez-nous aussi !

Feux d’artifice, lâcher de pigeons, projection de slogans et d’effigies de Mouad sur écran géant, diffusion de ses clips ont duré jusqu’à la tombée de la nuit, quand, lumière orangée des réverbères et celle des chandelles, ont conféré à la suite du meeting, des allures magiques et grandioses, de retraite aux flambeaux, avec un Bziz juché sur la plate-forme d’une camionnette, pour haranguer la foule des militants.

Bziz éreinté, par le régime, isolé, martyrisé, privé de l’exercice de son métier d’amuseur public,  est tout d’un coup magnifié par l’événement.

Les images de ce moment, sont saisissantes de beauté.

En toile de fond, le ciel rougeoyant, est comme un incendie, qui couverait sous la braise,  menaçant, à tout moment, d’emporter ce que le comédien qualifie de palais de l’absolutisme.

L’œil du clown joyeux d’autrefois, se fait sarcastique et  cruel pour les « Confiscators » de Rabat et ses environs.

La paupière s’est plissée de détermination et l’humour toujours aussi caustique,  se fait colère.

Il parle de la liberté. L’appelle de ses vœux pour les marocains, les détenus du 20 février, les artistes, la presse, les oiseaux et les autres……

Celui qui, nous a tant  fait rire,  nous fait pleurer,  à inviter la mort à l’étreindre, pour que vive notre peuple ! La foule fond en larmes.

– « Allah Akbar ! » Comme une protestation : « Non ! Ce n’est pas à toi de mourir !».

La manifestation se disperse.

Il en restera ce défi extraordinaire d’un clown de génie, que la tragédie a grandi et qui est devenu, bien malgré lui, un militant et un orateur hors-pair, défiant le despotisme et semblant lancer cet avertissement sans frais à ses suppôts:

Quiconque sème l’injustice et l’arrose des larmes et du sang des martyrs, récolte, tôt ou tard,  la révolution.

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