Le Sénat français adopte la loi sur la négation du génocide arménien

Par 127 voix pour et 86 contre, les sénateurs français ont adopté la loi pénalisant la négation des génocides et notamment celui des arméniens, entrepris par la Turquie en 1915, lors du conflit mondial. Les Turcs, alors aux prises avec la Russie,  avaient accusés les arméniens, chrétiens orthodoxes  de collaborer avec la Russie.  Les arméniens avancent le chiffre d’un million et demi  de morts.

GENOCIDE OU MASSACRE ?

La Turquie, qui refuse le terme de génocide, reconnaît ce qu’elle qualifie de massacres et qui auraient  entraîné la mort de cinq cent mille Arméniens.

Le distinguo sémantique est de taille, puisqu’une reconnaissance du génocide entraînerait  la responsabilité directe de l’Etat turque dans l’accomplissement de tueries de masse décidées au plus haut niveau de son administration. L’aveu de génocide pourrait également ouvrir la voie à des réparations extrêmement lourdes aux descendants des victimes, parmi lesquelles les restitutions des terres.

Notables de Zeitoun exécutés au début du génocide

La loi qui avait, auparavant, été adoptée par l’assemblée nationale française, le 22 décembre 2011, est donc entrée en force. La  France qui reconnaît deux génocides, celui des juifs, au cours de la seconde guerre mondiale, la shoah  et celui des Arméniens, ne prévoyait, jusqu’alors, de sanction que pour la négation du premier.  Est,  désormais, punissable  d’un an de prison et de 45’000 euros d’amende,  quiconque niera l’un ou l’autre de ces deux  génocides.

Seuls 237 des  347 sénateurs ont pris part au vote, ce qui démontre l’ampleur du malaise du parlement français face à cette initiative, dont beaucoup estiment qu’elle va aggraver les relations entre la Turquie et la France.

Sadullah Ergin, le ministre turc de la justice a condamné le vote, déclarant  le texte de loi, « nul et non avenu » et le qualifiant de « grande injustice » et de «  manque total de respect pour la Turquie » envers la Turquie, alors que  le vice-premier ministre Bülent  Arinc a, quant à lui, évoqué la possibilité pour la Turquie de recourir à la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), afin de  faire valoir ses droits.

enfant arménien victime du génocide

LEVEE DE BOUCLIER TURQUE

Les milieux turcs, toutes tendances  confondues  s’accordent à penser que la France fait payer à la Turquie son appui à la cause palestinienne et son attitude envers Israël et ne se privent pas de dénoncer les visées électoralistes de cette « initiative très malencontreuse au nom de la politique française ».

Quelques heures seulement après l’adoption de la loi, l’ambassadeur de Turquie en France, Tahsin Burcuoglu, s’adressant à la presse, parlait de « rupture totale des relations diplomatiques, cela comprend mon départ définitif », et parlait de la réduction de la présence diplomatique turque  en France, « au niveau des chargés d’affaires et non plus au niveau des ambassadeurs », conformément à la convention de Vienne sur les relations diplomatiques,  qui prévoit  cette initiative entre Etats, comme  dernière classe de la mission diplomatique.

Tous les visages sont tournés, ce mardi,  vers le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui doit prononcer  son discours hebdomadaire,  devant ses députés au Parlement. On s’attend à une condamnation très ferme du vote de la loi, mais également à des  mesures de rétorsion et un tour de vis aux relations économiques qui engagent les deux pays, particulièrement dans le domaine de l’automobile, de la construction et du  nucléaire civil.  La Turquie ayant déjà  annoncé,  jeudi 19 janvier,  le gel de sa coopération politique et militaire avec la France qu’elle accuse de « racisme » et de « xénophobie».

PRESSE UNANIME 

La presse turque était unanime à fondre sur la France  l’accusant d’avoir sacrifié la liberté d’opinion à des objectifs politiciens.

« Honte à toi, France », titre en une le quotidien populaire Vatan.

« Le président français Sarkozy a tourné le dos à la liberté et à la Turquie pour quelques votes », clame de son côté  le journal populaire Posta.

Quant au journal à grand tirage,  Hürriyet, il titre à la une, à côté de la photo du Président Sarkozy, « Il a massacré la démocratie.

Même les journaux d’opposition, Cumhuriyet  et   Zaman se sont accordés à  dénoncer respectivement  « la justice à la française » et  « une honte historique ».

Le quotidien Radika, pour sa part, déplore « Un sujet sur lesquels les historiens doivent trancher est tombé dans l’ombre de la politique ».

Yeni Safak, pro gouvernemental,  y est également allé de sa dénonciation des « petits calculs électoraux de Sarkozy  ont conduit la France à commettre un grand crime contre l’humanité ».

L’Arménie, par la voix de son chef de la diplomatie, Edouard Nalbandian, s’est réjouie du  vote et exprimé, dans un communiqué,  sa satisfaction pour une décision qualifiée de « suite logique »  de la loi reconnaissant le génocide arménien,  adoptée par la France en 2001. « La France a réaffirmé son rôle pivot de défenseur authentique des valeurs universelles de l’humanité ».

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