Un tramway au milieu du désastre

Ça ne vous aura sans doute pas échappé, de plus en plus de films de guerre américains sont tournés dans notre pays. Je ne m’appesantirais pas sur les dessous de ces entreprises, dont les enjeux financiers font, comme de coutume, dans « le plus beaux pays du monde », l’objet de tractations et d’associations pour le moins népotiques et prédatrices, limitant les retombées de ce business à une poignée d’affidés du régime. Je pense plutôt à notre urbanisme qui fout le camp, qui me fait douter de nos urbanistes et de leur ministère de tutelle, à chaque fois que je contemple ce maelström de briques et de béton qui avale nos belles campagnes pour en faire un long serpent de bidonvilles. Nos cités ressemblent tant, à s’y méprendre, à celles de pays ravagés par la guerre et la misère, comme l’Afghanistan, l’Irak ou encore la Somalie, que nos amis d’Hollywood ont flairé le filon et viennent tourner, en toute quiétude, avec les passe-droits dont vous vous doutez, et souvent les moyens de l’administration publique, les pires épisodes de la guerre urbaine et son cortège de destructions.

Dans certains quartiers, les décorateurs n’ont même plus besoin de forcer leur talent: Quelques camions de sable répandu sur la chaussée, quelques carcasses de voitures calcinées, quelques tags évocateurs de sombres revendications extrémistes, quelques coups de chalumeau sur les murs pour les noircir, quelques figurants sélectionnés parmi nos milliers de chômeurs, pour leur gueule de l’emploi, quelques domiciles misérables loués à l’habitant une poignée de dirhams par le producteur marocain, puis sous-loués aux américains à prix d’or et vous avez tous les ingrédients pour un bon film de guerre. La faute à qui ? Je vous le donne en mille: la démographie galopante, l’exode rural et, last but not the least, la corruption qui gangrène les municipalités, les ministères, et autres agences urbaines transformés en autant de fonds de commerce et d’enrichissement illégal. Le fléau qui est allé jusqu’à ravager les mentalités de nos élus dont la mission première voudrait qu’ils veillent au grain, transforme, comme par miracle, une zone verte en R+3 ou 4, un bouquet d’arbres en îlot d’immeubles, une arcade commerciale en tôlerie, une chambre dans un appartement en épicerie, le tout en parfaite contradiction avec les règles les plus élémentaires des schémas directeurs de l’urbanisme.

Et après ça, on vient nous faire passer, toute vergogne sablée, un Tramway futuriste, au milieu de ce désastre !

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