Abdelkrim cet immortel

« Et le sang d’un héros, auprès des Immortels, vaut seul, plus que celui de mille criminels.»

Jean Racine

Lorsque le protectorat français, sur le Maroc, entre  en application, le 30 mars 1912, AbdelKrim a tout juste trente ans. En novembre de la même année, l’Espagne, en vertu des accords signés lors de la conférence européenne d’Algésiras, sur le Maroc, le 7 janvier 1906,  prend possession du Rif,  de Tarfaya et d’Ifni.

Neuf ans plus tard, Abdelkrim, réussit à fédérer les tribus rifaines,  ce que son prédécesseur,  Chérif Ameziane  n’avait pu faire, après sa victoire éclatante,  sur les troupes espagnoles, le 26 juillet 1909,  à  la bataille de Khandaq Adib,  où les nationalistes rifains ont tué le général Pinto et plus de deux cents de ses soldats et en ont blessés près d’un millier.

A Anoual, Abdelkrim et ses guérilléros feront payer, très cher,  aux troupes du général Sylvestre, l’invasion du Rif,  en leur infligeant l’une des défaites les plus cuisantes qu’ils aient eue à subir. Les espagnols perdent plus de douze mille hommes. Sept cents y furent fait prisonniers.

Jamais une armée moderne européenne n’avait essuyé pareille défaite, face à une guérilla.  Mohand Ben Abdelkrim Al Khattabi,  venait d’entrer dans la légende.

Seul Omar El-Mokhtar,  surnommé « le lion du désert » fera aussi bien, en remportant plusieurs batailles à El-Kafra,  El-Rahiba, Akila, El-Matmoura et Karassa, mais sans jamais réussir à  infliger au colonialisme italien,  une défaite d’une telle ampleur.

L’historiographie écrite par les vainqueurs, le colonialisme français et espagnol, puis revisitée par leur successeur, le régime marocain, prêtait au héros du Rif,  l’ambition de créer une république sécessionniste dans le Rif, afin de le discréditer aux yeux des nationalistes marocains.
En réalité, conforté par ses succès militaires, l’Emir rifain, dont plus tard, Ho Chi Min et Mao Tsé-toung s’inspireront, allant jusqu’à le surnommer « notre précurseur »  a jeté, sur les escarpements de ses montagnes,  les bases d’un Etat moderne et ne nourrissait qu’un seul rêve, tendre une main secourable aux tribus berbères, assiégées sur les hauteurs de l’Atlas,  pour fondre sur le colonialisme français et le bouter hors du territoire national marocain et plus tard de tout le Maghreb,  qu’il comptait unifier.

L’histoire en aura décidé autrement.

Jamais homme n’aura, à ce point,  vu son destin,  à la fois rayonner, par-delà les frontières,  et tu, dans sa propre patrie.

Le régime marocain,  qui, après sa mort est allé jusqu’à refuser d’accueillir sa dépouille,  aura confirmé combien, la simple évocation du nom de  Khattabi, l’aura à ce point indisposé, sinon, inspiré  la crainte.

Près d’une centaine d’années se sont écoulées, depuis l’exploit d’Anoual et près d’un demi-siécle depuis sa mort, ce 6 février 1963. Pourtant le souvenir de ce héros hors du commun,  continue de prospérer dans l’imaginaire des siens et  les inspirer,  dans la lutte qu’ils mènent,  pour se défaire de la dictature, de l’injustice et de la misère.

Etendard du vingt février sur la tombe D’Abdelkrim, au Caire

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