Mohamed VI ou l’erreur de casting

 » Quel est ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ? De les voir souffrir les rapines, les paillardises, les cruautés, non d’une armée, non d’un camp barbare contre lesquels chacun devrait défendre son sang et sa vie, mais d’un seul ! Non d’un Hercule ou d’un Samson, mais d’un hommelet souvent le plus lâche, le plus efféminé de la nation, qui n’a jamais flairé la poudre des batailles ni guère foulé le sable des tournois !  »   La Boétie

L’administration Obama a proposé, lundi 13 février, de doter  l’USAID, l’Agence américaine pour le développement  International, d’une nouvelle rubrique destinée à financer, dans le cadre du budget 2013, un « Fonds d’encouragement pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord« .

Chaque année, le gouvernement américain consacre, à travers cette agence,  une dizaine de milliards de dollars,  en aides diverses, avec pour missions essentielles, la réduction de la pauvreté, la promotion de la démocratie, la croissance économique, l’aide aux victimes des catastrophes naturelles et la prévention des conflits.

Dorénavant, sept cent soixante-dix millions de dollars, seront,  selon la terminologie américaine,  consacrés au soutien  à « l’élan de réformes né du Printemps arabe,  dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ». Si le projet de budget  présenté lundi,  a  très peu de chances de franchir le cap du Congrès américain, car jugé à forte connotation électoraliste, il n’en demeure pas moins,  que le fonds qui est en question, fait l’unanimité de la classe politique américaine,   en proie à l’inquiétude,   face aux développements,  en cours,  dans les pays du Maghreb et du Proche-Orient.

On ignore, pour le moment, le montant de l’enveloppe que le gouvernement américain compte allouer à notre pays, mais très loin des préoccupations des Etats-Unis,  de voir s’instaurer au Sud du bassin méditerranéen,  un havre de démocraties  et comme en écho à cette inquiétude, réelle ou supposée, de ses élites politiques, le régime marocain préfère jeter le masque et se défaire des ultimes velléités de retenue,  dont il semblait, jusqu’à présent,  faire montre. S’enfonçant, un peu plus, dans le tout répressif, il vient, en quelques jours, de frapper de son bras séculier, ceux qui avaient manifesté leur prétention de porter dans la rue, ou sur la toile,  leurs revendications, jamais abouties, de démocratie et de bonne gouvernance.

Des procès par fournées entières

Ainsi, à quelques heures d’intervalles, les villes de Rabat et de Taza étaient, le théâtre de plusieurs procès, au cours desquels comparaissaient,  pour la première, Walid Bahomane, 18 ans,  pour «atteinte aux valeurs sacrées du Maroc » et dans la seconde, Abdessamad  Haydour, 25 ans, pour « atteinte à un symbole de l’Etat ».

Ne voyez dans cet embrouillamini, purement sémantique, aucun  distinguo  juridique, entre le contenu de l’un ou de l’autre de ces deux chefs d’accusation. Ils ne concernent, en réalité,  qu’un seul et même délit, disparu de la nouvelle constitution, nous dit-on, mais pas encore du code pénal: l’atteinte à la « sacralité du roi ».

Abdessamad Haydour et Walid Bahoumane

La brutalité des deux arrestations, leur cortège de maltraitance, la rapidité de la procédure pénale, le déploiement policier, la violation de la publicité de l’audience, à Rabat  et l’ampleur de la peine qui a frappé le militant de Taza, n’avaient qu’un seul objectif, frapper les esprits des militants de tous bords et distiller, parmi eux, la terreur.

Les deux jeunes gens,  maintenus en détention, étaient quasiment jugés, en comparution immédiate, leur arrestation ne datant que de quelques jours.

Les procès-verbaux  hâtifs,  dont les services de police marocains sont coutumiers, auront, l’espace de quelques heures,  scellé le destin de nos deux compatriotes, et leur chemin vers l’obscurité  des cachots de Sa Majesté.

Autant le dire, aucun des deux prévenus n’aura eu le temps de préparer, convenablement, sa défense,  Abdessamad Haydour, ayant, pour sa part, été purement et simplement privé d’avocat, au cours d’une audience, menée tambour battant, sans que cela ne suscite un quelconque état d’âme, chez ceux supposés dispenser la justice.

Quelques heures plus tard, le même tribunal de première instance de Taza, prononçait des peines s’échelonnant  de cinq mois de prison avec sursis,  à dix mois de prison ferme, à l’encontre de treize autres jeunes,  poursuivis pour jets de pierre contre les forces de l’ordre, destruction de biens publics, atteinte à l’ordre public, humiliation de fonctionnaires, lors de l’exercice de leurs fonctions, recours à la violence, coups et blessures, manipulation de mineurs et utilisation d’armes,  susceptibles de constituer une menace sur des personnes ou des biens. Rien que ça !

Du procès Lhaqed, la justice marocaine semble avoir tiré une leçon: mener des procès expéditifs,  avant qu’ils ne fédèrent la colère et l’indignation légitimes de la société civile et des militants.

Le diable, tant pointé du doigt par les démocrates,  était bien dans les détails de cette réformette constitutionnelle, concoctée hâtivement par un aréopage de laudateurs de la dictature et d’applaudisseurs de Mohamed VI.

Nouvelle ère ou pas, nouveau gouvernement ou pas, le régime marocain apporte, ainsi,  la preuve que  les vieilles habitudes des thuriféraires de la dictature ont de beaux jours devant elles, tout comme le vieil arsenal juridique hérité de Hassan II et de ses années de plomb.

L’Atlas, cet immense Goulag

Il en va du sort des militants du vingt février, comme de celui de ces villageois de l’Atlas ou encore de ces citoyens, victimes de l’exode rural, engendré par la sécheresse, la misère et le chômage.

Pendant que l’on jugeait cette fournée de jeunes révoltés, les habitants d’Aït Ali Ou Youssef, Aït Tazeroualt et Tametkaref, guettés par la famine, la misère et transis du froid mordant de cet hiver 2012,  organisaient une marche, en direction du cercle de Ouaouizert, province d’Azilal.  Leur but, exiger, des autorités,  la mise en place d’un plan de secours,  qui leur fournirait des vivres de première nécessité et prendrait, également, en charge l’alimentation de leur bétail, menacé de disparition.

Les autorités, qui affichaient absent,  au moment de voler au secours des villageois, ont démontré une surprenante aptitude à s’organiser, rapidement et se déployer, pour stopper « manu militari »,  les marcheurs, comme elles l’avaient fait, la semaine précédente,  pour faire rebrousser chemin,  à  cette caravane de solidarité, transportant une  collecte de vivres et de couvertures  destinée aux villageois de Tinfoute et ses environs.

Super-caïd, Caïds, Khalifas, Chioukhs  et  autres garde-chiourmes du régime,  n’auront pas tergiversé longtemps,  avant de  jouer le seul rôle qui leur est dévolu,  celui,  misérable,  d’espionner  leurs semblables et les vendre à la force publique,  beaucoup plus encline à molester, brutaliser,  torturer, rançonner ou emprisonner,  qu’à  secourir.

Peu importe à ces commissaires politiques du makhzen, de confiner sur les escarpements  de l’Atlas ou du Rif, leurs contemporains.  Voilà qu’en plus de ce blocus imposé, par la rudesse de la nature, ils en ajoutent un autre,  qui fait ressembler la région à un univers concentrationnaire ou à un vaste Goulag, aux frontières duquel,   il ne leur reste plus qu’à apposer, comme dans les zoos, l’inscription « il est interdit de nourrir les villageois, ou les secourir !»

Otez ces bidonvilles que je ne saurais voir

Et que dire,  ou que penser de ces  forces de polices, tous corps confondus, casquées, bottées, armées, venues en pléthore,  déloger,  ici ou là, en pleine morsure de l’hiver, ceux que la misère,  la faim et le chômage  ont chassés  de leur douar,  devenu antichambre de l’enfer et qui ont eu l’outrecuidance de venir poser leurs pénates,  jusque sur le cheminement  de ce roi,  que certains nous avaient, pourtant,  vendu pour être le  « Roi des pauvres ».

Voilà qu’à présent,  les pauvres polluent le parcours, et le champ de vision de leur roi, au point de devoir, une fois de plus, se résoudre à tout perdre, du peu qu’ils avaient !

Mohamed VI, l’erreur de casting

L’heure est à la démythification de Mohamed VI,  qui aura, en une décennie, réalisé l’exploit de consommer tout le capital de sympathie qu’il avait suscité, prince héritier. En terme de règne, dix ans sont un claquement de doigts, mais quel pas de géant,  qui l’aura propulsé, sur la scène internationale, affublé du titre de « Roi des Prédateurs ».

Comme son propre père en avait eu, plus d’une fois, l’intuition, plus qu’un mensonge, la courte carrière de Mohamed VI n’est rien d’autre qu’une grosse erreur de casting, dont nous sommes, pour partie responsables. Chaque jour qui passe nous apporte la preuve que celui-ci refuse,  obstinément, d’amender son régime moyenâgeux, préfèrant  passer par les cases répression, prédation, rapines, tortures, emprisonnement, plutôt que dialogue, justice, équité, ou partage.

Chaque instant à vivre dans ce pays, dont ils prétendent qu’il est le plus beau pays du monde, pour y avoir tout confisqué, est, en soi, une infamie, dont nous devrons bien, un jour ou l’autre, nous départir.

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Un commentaire pour Mohamed VI ou l’erreur de casting

  1. Youssef dit :

    Bravissimo!!!!pour cet article qui est une stricte image fidèle de la réalité vrai du Maroc actuel. Un pays oú règne l’injustice , le clientélisme, la pauvreté et une inégalité criante entre les citoyens. Un vent de liberté a soufflé, mais hélas pas assez fort pour atteindre les côtes marocaine. Le changement viendra, j’en suis intimement convaincu, quand les marocains se vivront non plus en sujet (moulk) mais en citoyen….

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