Lettre de deux indignés marocains au candidat socialiste à l’élection présidentielle française

De Ahmed Benani et Salah Elayoubi
A
Monsieur François Hollande

Monsieur,
Depuis le début de l’année 2011, un irrépressible vent de liberté, souffle sur les pays arabes.
Celui-ci a déjà emporté quatre dictateurs et promet d’en faire autant, avec les survivants, qui persistent, dans leur aveuglement, à vouloir gouverner, par le moyen de l’absolutisme et du pouvoir personnel, des rivages de l’Atlantique à ceux du golfe arabique et de la corne de l’Afrique aux confins de l’Asie mineure

Le Maroc n’a pas échappé à ce raz-de-marée, puisque dès le 20 février, nos compatriotes sont descendus réclamer, par la rue, ce que la monarchie leur refuse par les institutions, en même temps qu’elle refuse d’évoluer vers une véritable monarchie parlementaire.
Dans le cas du Maroc, le soulèvement pacifique n’a pas faibli depuis le 20 février Bien au contraire, les marocains continuant de descendre dans la rue, pour exiger la dissolution du parlement, la démission du gouvernement, la formation d’une assemblée constituante, l’instauration d’une véritable démocratie, le désengagement du roi, de sa famille et de ses proches des affaires, la recherche, l’arrestation et le jugement des responsables des crimes de sang et des crimes économiques.
L’autisme et le mépris dont persiste à faire preuve le roi, pousse, désormais, certains manifestants, certes minoritaires, pour le moment, à réclamer jusqu’à son départ.
Malgré le caractère pacifique des manifestants, le régime marocain ne se sera pas privé, de leur opposer la brutalité dont il est coutumier.

Sauf à maîtriser les arts divinatoires ou la prescience, nul ne peut écrire l’avenir, autrement qu’à coups d’interrogations.
Le nôtre s’écrit, avec le même point d’exclamation sanguinolent, depuis plus de cinq décennies. Depuis que le régime marocain a pris les dispositions prétoriennes, pour agir, en lieu et place du colonialisme français, et se substituer à lui, sans que cela n’ait jamais soulevé l’indignation de votre famille politique.

Tous les présidents qui se sont succédés à la tête de l’Etat français, se sont prétendus les amis du Maroc.
Pourtant, tout dans leur attitude porte à croire qu’ils étaient, plutôt, l’ami du dictateur.
Il est, probablement, plus facile, d’écouter, en effet, celui-ci disserter sur la démocratie et jeter l’anathème sur ses compatriotes épris de liberté, confortablement installé dans les salons feutrés, sous les dorures du palais, plutôt que prêter l’oreille aux misérables, qui dénoncent ses méthodes despotiques, dans les méandres obscurs et infâmes, d’un bidonville de Casablanca.
Votre pays, dont on dit qu’il est la patrie des droits de l’homme, le phare présumé des consciences, se transforme, du coup, en miroir des vanités du despote.
Pourtant, s’ils avaient, une fois, consenti à quitter les tours d’ivoire, dans lesquelles les consignait le régime, à chacune de leurs visites, pour écouter s’exprimer les centaines de milliers de laissés pour compte, Ils auraient entendu une toute autre histoire, que celle que leur sert le régime, sur les prétendues libertés, dont nous jouirions, dans ce pays, qu’ils ont surnommé « le plus beau pays du monde », pour y avoir tout confisqué, à leur bénéfice.

Ainsi ils auraient appris que la liberté d’expression et la liberté de la presse appartiennent, exclusivement, aux laudateurs, et aux « applaudisseurs » du régime.
Les voix dissonantes, se sont, depuis longtemps tues, réduites au silence par des procès initiés par une justice qui administre tout, sauf la justice.
Les journaux libres sont, ainsi, passés à la trappe et les journalistes réduits au chômage, quand ils ne sont pas passés par la prison, avant l’exil.
Le régime y trouve, sans doute, son compte, les citoyens en étant réduits à lire ses caisses de résonance.

La liberté de réunion reste du ressort d’autorités jupitériennes, qui ne consentent à autoriser les rassemblements que sous le patronage du roi ou d’un organe tutélaire, forcément inféodé au système.
Les deux autres conditions qui ne sont pas sans nous rappeler le temps des soviets, étant la présence dans la salle des représentants des services de renseignements et l’affichage de portraits gigantesques du monarque dans les lieux de réunion.

La liberté de conscience et la tolérance qui ont toujours fait l’exception marocaine, sont soumises à rude épreuve, par l’instrumentalisation de l’Islam, par le régime qui donne, ainsi, des gages à ses islamistes.

La liberté d’entreprendre. Un autre point noir, pour le citoyen qui doit en passer par les fourches caudines d’une administration pléthorique, corrompue et incompétente. Et lorsque, miraculeusement, il arrive à s’affranchir de cette étape, il doit se munir de ce que les suppôts du régime qualifient, pudiquement, de parapluie et qui n’est, ni plus ni moins, que le traditionnel « Pizzo », en vigueur dans les organisations mafieuses.

Je lis, ou entend, ici ou là, que vos compatriotes ont du mal à changer de véhicule ou à partir en vacances. La majorité des miens se bat, tout simplement, chaque jour, pour survivre, assurer la subsistance à sa progéniture et envoyer celle-ci à l’école, quand elle ne se résout pas, simplement, à la mettre sur le marché du travail, pour éviter à la famille de sombrer.

Les citoyens français dénoncent parfois les brutalités policières dont ils ont eu à souffrir. Au Maroc, la dureté policière est la règle, et la police qui se revendique au service exclusif de la monarchie, recourt systématiquement au délit de faciès, en présence du simple citoyen, qu’elle n’hésite jamais à rabrouer et rudoyer dans les démarches les plus anodines. Quant à ceux qui ont le malheur d’échouer dans ses quartiers, pour les besoins d’une enquête, ils goûtent à la violence et à la férocité de fonctionnaires, dépourvus de toute humanité.

Les « Points fixes » du précèdent règne ont été supplantés par le centre de torture de la DST, par où passent désormais, les opposants réels ou supposés du régime et où leur sont administrées les tortures les plus barbares, imaginées par des monstres sanguinaires et sadiques. Le pays est, à ce point, passé maître dans l’art de la torture qu’il en est devenu un sous-traitant qualifié.

Soixante ans après la fin de la tragédie de la seconde guerre mondiale, on continue de rechercher et de poursuivre les responsables de crimes contre l’humanité.
Au nom de quelle obscure raison, ceux qui ont brisé les espérances de millions d’individus, torturé, emprisonné, humilié, tué mes compatriotes, devraient-ils échapper à la justice, continuer à nous défier, nous menacer et nous poursuivre de leurs assiduités criminelles, pour ensuite, s’éteindre paisiblement dans leur lit ?
Sommes-nous tenus de visiter et visiter encore, notre histoire, frappée du sceau de la tragédie et de l’infamie ?
La vie d’un marocain aurait-elle, donc, moins de valeur que celle d’un autre?

Lorsque la société civile française, les associations caritatives ou les médias, dénoncent les logements insalubres, Il ne se trouve personne pour pointer du doigt, les taudis où des millions de mes compatriotes ont trouvé refuge.

Si le système éducatif français se maintient dans la moyenne mondiale, le système marocain a sombré définitivement dans des profondeurs abyssales, sciemment démembré et détruit, dans le but d’abrutir notre jeunesse, l’acculturer et l’ « analphabétiser ».
Pendant ce temps, pour les entreprises françaises, le Maroc est réellement et définitivement, « le plus beau pays du monde », puisqu’elles y ont investi en masse, y trouvant le terreau favorable à leur prospérité.
Alors que les entreprises étrangères sont livrées aux serres prédatrices des sbires du régime, comme ces entreprises espagnoles qui ont décidé de s’unir en groupement d’intérêt pour se défendre contre les méthodes mafieuses, la majorité des entreprises françaises, pour la plupart, des multinationales, associées au palais, à la famille royale ou à ses proches, bénéficient de protections spéciales et de passe-droits révoltants, qui n’ont pour objectif qu’un retour rapide sur investissement, sans commune mesure avec ce qu’elles auraient engrangé ailleurs, la cupidité de leurs associés marocains, ne leur en laissant guère le choix.
Certaines, sinon la majorité, se comportent, à ce point, en terrain conquis, qu’elles en arrivent à dévaster notre biotope, saccageant impunément la flore et la faune, appuyées par des autorités locales corrompues et soumises.
Les marocains auraient-ils tous disparu, pour que votre industrie jouisse, à ce point, de ce droit d’Aubaine ?
Comme ce Train à grande vitesse que la France a revendu à mon pays, en parfaite transgression des règles de l’Organisation mondiale du Commerce, concernant les appels d’offres internationaux.
Cet énième et révoltant fait du Prince, commis par le chef de l’Etat marocain, n’en ressemble pas moins, pour votre pays, à un abus de pouvoir du suzerain obligeant son vassal.
Ce n’est pas en rachetant les échecs commerciaux du TGV, que le Maroc désenclavera ses populations amazighes ou rifaines, oubliées, intentionnellement, par un régime, qui leur dénie le droit à une existence digne.

Et puis il y a ce chapitre qui vient se superposer à l’insupportable que je viens d’énoncer.
Ces pervers sexuels, venus de France, « jusqu’en nos bras », investis d’une sorte de droit de cuissage, prodigué par la puissance de l’argent, trousser nos filles, nos sœurs et nos cousines, tout juste sorties de l’enfance, leur arrachant et leur innocence et leur vertu.
Puis, un étage encore plus bas dans les sous-sols de la boue et de la sordidité. Ces pédophiles qui souillent, à tout jamais, nos enfants, et leur volent leur innocence, avec la complicité du régime qui n’hésite pas à les remettre en circulation, aussitôt que la justice les a, par accident, appréhendés et jugés, leur permettant, ainsi de continuer leurs errements criminels, dans le pays.

Monsieur Hollande,

Je formule un premier espoir. C’est que vous ne considériez pas ces lignes comme l’expression d’une impertinence, à votre égard, ni d’une quelconque détestation de votre pays ou de vos compatriotes dont un grand nombre figure parmi mes amis. Mais à ma place, vous n’auriez pas agi autrement et vous n’en auriez pas, non plus, attendu moins de ma part, si les liens de la patrie nous avaient réunis et si le devenir de celle-ci se trouvait, en grand danger, comme c’est le cas pour la mienne.

Dans quelques semaines, vous aurez à subir l’épreuve des urnes et les français choisiront peut-être, de vous conduire aux affaires du pays.
Oserais-je, alors, formuler un second espoir ? Celui que vous vous souviendrez de ces modestes lignes, au nom de l’amitié franco-marocaine, pour corriger une vieille injustice envers mon peuple, pris les enjeux économiques, et géostratégiques de votre pays et les intérêts personnels d’un dictateur cynique, brutal et prédateur.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués

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