Derrière Raymond, il y avait Lucie l’audace !

J’aurais pu intituler ce papier, « Derrière tout grand homme se cache une femme ! ».  En effet, en ces temps de lutte pour l’égalité des sexes et où l’indignation populaire  bouscule les despotismes, il est bon de se souvenir des époux Aubrac.

Le dernier, Raymond, vient de s’éteindre à 98 ans.

Autant dire, une vie bien remplie.

Lorsque Jean Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914, Raymond Samuel voit le jour.

Avoir vu éclore deux guerres mondiales n’est pas anodin.  Rencontrer Lucie Bernard, ne le fut,  sans doute pas, non plus.

Jusqu’à leur mariage, le 14 décembre 1939, en pleine drôle de guerre,  l’existence de Raymond n’est que pérégrination, comme si la vie avait choisi de mijoter sa rencontre avec cette femme extraordinaire qui allait, en même temps, qu’elle partagerait sa vie, grandir son destin.

Elle l’aide, une première fois à s’évader du stalag allemand où il croupit prisonnier des troupes allemandes, au lendemain de la défaite de juin 1940.

Et pendant que certains se terrent en attendant que les rafles les rattrapent,  que d’autres se coulent dans le costume de la collaboration, ou prennent la fuite vers les colonies, Raymond choisit dès les premières heures de résister et d’écrire quelques chapitres de la lutte contre le nazisme.

Le combat se serait, sans doute, écrit différemment, sans Lucie à ses côtés,  pour lui  sauver la vie, à deux reprises.

Une première fois, Le 15 mars 1943, lorsqu’il tombe  dans une souricière tendue par la police française à Lyon. Le juge d’instruction, à tout le moins magnanime, sinon sympathisant de la résistance,  l’inculpe du simple délit de marché noir et émet une ordonnance de mise en liberté. Le procureur refuse, conscient de tenir un membre de la résistance de la zone sud.

Lucie l’audace, entre en scène !

Simone Signoret a incarné le rôle de Lucie, dans « l’armée des ombres », mais c’est Carole Bouquet qui lui rend le plus bel hommage, en prenant ses traits dans le film de Claude Berri,  « Lucie Aubrac ».

On la voit se rendre, directement, au domicile du Procureur. Un trouillard, dira-t-elle de lui plus tard. Sous le portrait de Philippe Pétain qui trône dans le salon du procureur,  elle y va au toupet, affichant une détermination sans faille.

Elle assène au magistrat ces quelques mots:

– « Monsieur ! Je représente, ici, l’autorité du général De Gaulle. Vous avez, en prison, un homme qui s’appelle François Vallet. A deux reprises, contre l’avis du juge d’instruction, vous avez refusé sa libération. Si demain, vous ne signez pas favorablement, si le 14, au matin, François Vallet n’est pas libéré, vous ne verrez pas le soleil se coucher le 14 ! »

Glaciale et comminatoire, Lucie poursuit, face au procureur terrorisé:

– « Ecoutez la BBC, ce soir ! Parmi les messages personnels, vous entendrez celui-ci : « Continuez de gravir les pentes ! » Il vous est destiné ! »

Comme tous les 14 mai, les époux passeront la journée ensemble, comme ils s’étaient promis de toujours le faire, depuis leur première rencontre.

Seconde intervention et pas des moindres !  Une première du genre, lorsque l’épouse Aubrac, montera, de main de maître une opération commando, s’offrant même le luxe d’y participer,  pour faire libérer Raymond, alors promis au peloton d’exécution. Il était tombé aux mains de la Gestapo, dans ce fameux coup de filet de Calluire qui emporta, dans des circonstances jamais élucidées, le représentant personnel du Général de Gaulle, auprès de la résistance française, Jean Moulin.

Raymond serait sans doute resté un héros anonyme, parmi tant d’autres, si son chemin n’avait croisé celui de Lucie. Elle lui aura tant donné, sur ces sentiers de la dignité, quand tant d’autres continuent de s’y égarer, victimes de leur aveuglement, de leur cupidité ou de leurs calculs.

Mais le plus beau geste d’amour qu’aura eu Lucie pour Raymond,  c’est d’avoir choisi de s’en aller la première.

Sans doute savait-elle qu’elle ne supporterait pas de survivre à son homme !

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