Les atavismes de la dictature marocaine

Il en va de la réalité des régimes politiques comme de celles de la génétique.

Le spectre du  matériel emmagasiné y est inscrit à tout jamais.  Indélébile. Des décennies de comportements et de réflexes finissent par imprimer leur marque aux gènes les plus intimes du pouvoir et se communiquer à tous les rouages du système politique, jusqu’aux ramifications les plus ténues de celui-ci.

Changements à la tête de l’Etat, retouches constitutionnelles, remaniements ministériels, renouvellement du parlement,  sont autant d’opportunités en démocratie pour expérimenter d’autres politiques et s’essayer à d’autres pratiques, susceptibles d’influer sur le développement du pays et le bien-être de ses citoyens.

Au Maroc, bien que nous ayons eu droit à tout cela, les atavismes de la dictature et la résurgence des anciennes pratiques sont là pour nous rappeler le fossé qui nous sépare d’un véritable Etat de droit et à fortiori d’une démocratie digne de ce nom.

Hier, en pleine audience du procès du rappeur Mouad Belghouat, Alias « Lhaqed », Maria Karim était interpellée dans la salle d’audience et enlevée au nez et à la barbe de ses compagnons de militantisme par les policiers, au prétexte qu’elle aurait offensé celui d’entre eux qui  déposait à la barre.

Une des spécialités favorites des dictatures est de s’en prendre aux voix discordantes pour les réduire au silence. Il faut croire que Maria en est une qui porte loin,  puisqu’elle avait réussi  à fédérer autour d’elle,  bon nombre de personnalités et de médias,  lors du premier procès intenté à  Mouad, pour d’imaginaires coups et blessures portés à un membre de l’Alliance royaliste.

Silence de rigueur dans les médias et les journaux marocains sur ce rebondissement. Ce sont de rares initiatives privées qui nous valent les reportages sur cette audience. Et c’est  l’avocate de « Lhaqed » qui a eu les mots justes pour décrire l’ignominie de ce mardi 8 mai dans cette salle de l’injustice:

–          « Nous voilà revenu aux arrestations des années soixante-dix, quatre-vingt ! dangereuse situation, très dangereuse »  Dit-elle, en se retournant, comme pour s’assurer que personne ne pouvait entendre ce qu’elle allait livrer face à la caméra.

–          «  Qu’un citoyen, venu assister à un procès public se fasse enlever  en plein prétoire, est tout simplement insupportable, aux défenseurs des droits de l’hommes que nous sommes !  Il s’agit là d’un recul, d’un retour aux années de plomb, avec leur cortège d’enlèvements, d’emprisonnements et peut-être même d’assassinats extrajudiciaires, après ce vote récent du fameux article 7,  accordant l’immunité aux militaires, dans l’exercice de leurs fonctions ! »

A sa sortie du tribunal, Maître Rouissi Skalli n’a pas manqué de rappeler le contexte de cette arrestation : le procès  de la liberté d’expression, en totale contradiction avec l’a rticle 25 de la constitution et de tous les principes des droits de l’homme.

-«  Le rap est une nouvelle forme de l’art. Il est, en soi, une sorte de dérision, un franc-parler. Il est comme ça ! » Martèle-t-elle avant de s’interroger sur les véritables instigateurs de la vidéo incriminées et que le rappeur se défend d’avoir conçue.

Naguère, le régime produisait des armes, des munitions, empruntées à son propre arsenal, des caches,  et des tracts séditieux apocryphes appelant à la révolution, comme autant de preuves d’un complot imaginaire ourdi contre la sûreté de l’Etat,  pour arrêter, emprisonner, torturer,  faire condamner ses opposants, les faire disparaître ou contraindre à l’exil.

Les mêmes méthodes persistent sans aucun doute, aujourd’hui. Seuls les moyens ont évolué pour s’adapter à l’ère de la technologie, comme par exemple imaginer cette vidéo, la produire et la publier. Un pur jeu d’enfant pour l’un de ces milliers d’informaticiens recrutés par les officines du régime pour combattre les démocrates  sur la toile.

Si cette théorie était avérée, ces spécialistes auront tout de même cogité un bon moment avant d’accoucher de leur document.

Un éléphant accouchant d’une souris.

A moins que, comme le suggère, si bien l’avocate, il n’était question de vengeance à froid et de règlement de comptes,  le temps pour les thuriféraires du régime de « lifter » la constitution, le référendum d’avoir lieu, les élections de se dérouler et les urnes d’accoucher du résultat que l’on sait, histoire de donner à ce nouveau procès l’habillage de la légalité.

Maria Karim lors d’une manifestation du 20 février

L’animatrice du comité de soutien de notre rappeur, a dormi sa première nuit en prison. Pas loin de « Lhaqed » et du « Poète du peuple », Younès Belkhdim.

Les deux artistes en concevront, sans doute, une raison supplémentaire de poursuivre leur combat pour la liberté, Mouad par son rap rancunier et Younès par ses textes enflammés.

Malade et diminuée physiquement, Maria a eu le courage de lutter pied à pied, sans relâche, des semaines entières, au péril de sa propre santé, pour ébruiter l’affaire du rappeur et lui faire retrouver la liberté. Quelque soit l’issue du traquenard que les sbires du régime lui ont tendu, un devoir s’impose à tous, lui apporter l’aide et l’assistance  qu’elle a amplement méritées.

« Ceux qui vous donnent tant, parce qu’ils vous aiment, vous n’aurez jamais d’autre mérite que celui de le leur avoir rendu ! »

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