Affaire Alioua ou la paix séparée et le « Grisbi »

 Dans les couloirs de la Brigade de Police Judiciaire de Casablanca, menottes aux poignets, Khalid Alioua, n’en mène pas large.

Cueilli dans son costume tabac, lors de son interpellation, il ne l’a plus quitté depuis.

Délesté de sa cravate, de son ceinturon, de ses lacets de chaussures et encadré par deux policiers, il a la tête de l’emploi. Baissée.

Point de péroraison pour l’ancien porte-parole du gouvernement.

Point de fioritures non plus.

Il ressemble, à ses frères,  les escrocs présumés, lorsque les rattrape la justice: très peu fier d’être « tombé », de s’être fait « alpaguer » et d’avoir à rendre des comptes au peuple marocain, même si l’on dit que la justice au Maroc se rend au nom du roi.

 

Ce n’est pas un vague soupçon qui pèse sur « notre ami »,  ni l’ombre d’un doute. Ce n’est pas non plus,  de la petite rapine ou une de ces occasions qui font le larron, dont il est question, mais plutôt de détournement de fonds, de prise illégale d’intérêts, de vol qualifié.  Le parfait répertoire de l’escroc par métier, du criminel en col blanc avec comme circonstance aggravante, un maroquin à l’appui  et la préméditation qui va avec.

Autant le dire, le chef d’accusation est  long comme le bras. Tellement long, qu’on se dit que l’ex-ministre aura tant à raconter que démêler l’écheveau, pointer les responsabilités des uns, définir  les complicités des autres et confectionner un dossier pour le  tribunal, prendra un temps certain,  avant que l’ancien ministre ne puisse s’asseoir enfin sur le banc d’infamie pour connaître sa peine.

Si les contours de cette affaire semblent se préciser, Khalid Alioua ne s’expliquera sans doute, jamais,  sur la manière dont lui et ses complices se sont appropriés les millions de dirhams de frais de fonctionnement des départements dont il avait la charge et qui sont partis en fumée, en frais de bouche, factures de téléphone, achat de véhicules, bons d’essence, frais de déplacement, primes diverses et caisse noire

Une brigade entière de policiers n’y suffirait pas. A moins que, comme de coutume, dans ce merveilleux pays qui en a le secret,  les choses ne finissent par s’arranger et notre homme et sa clique de finir blanchis, comme d’autres avant eux.  D’ailleurs, ce dernier semble, à ce point, acquis à cette certitude, qu’il en est à tenir ce langage qui confirme la triste réalité de voyou qui est la sienne: il se lamente, pleurniche sur son sort et clame à qui veut l’entendre qu’il va faire « éclater la grenadine ». Une expression typiquement marocaine, lourde de sens qui équivaut à un aveu de culpabilité, utilisée en règle générale par les malfrats qui se tiennent les uns les autres par des secrets inavouables et qu’ils menacent de révéler si la solidarité venait à leur faire défaut. La confirmation qu’une véritable association de malfaiteurs se serait emparée des organes vitaux du pays,  pour en piller les ressources.

 

On se doutait bien qu’il n’y avait rien de bon chez ces gauchistes qui avaient choisi de pactiser avec leur ancien pourfendeur et le bourreau du peuple marocain.

Je me souviens avoir trouvé quelque chose d’indécent et de misérable,  dans cette photographie officielle  qui unissait, alors, le bourreau souriant d’avoir réussi son coup, à ses anciennes victimes. Elle semblait, à mes yeux, sceller un pacte avec le diable en personne et m’avait mis au désespoir. Tant d’années de luttes de nos aînés prenaient ainsi, lamentablement fin,  par le truchement de cette paix séparée,  aux allures de reddition sans condition et de trahison sans nom. Une spécialité désormais avérée et assumée, semble-t-il par nos élites.  De le pure traîtrise,   au moment même où le régime était isolé et agoni de toutes parts, par la communauté internationale qui avait, enfin réussi à démasquer le dictateur finissant.

Grâce au combat d’une poignée de justes,  le monde avait soudain découvert que le jardin secret du roi retentissait des supplications du petit Abdelllatif Oufkir et des siens et que Hassan II était ce pervers narcissique qui avait enrichi son inclination pour la dictature,  d’un florilège de raffinements dont le sadisme n’était pas le moindre et qui le faisait tuer ses semblables à petit feu,  dans son arrière-cour.

Les révélations pleuvent comme vache qui pisse. Elles nous ramènent à cette sordide réalité que ce que nos politiciens toutes tendances confondues, idolâtrent par-dessus tout,  c’est l’oseille, l’avoine, le Grisbi,  dans ce qu’il a de plus glauque, de plus sombre et de plus sordide.

L’affaire Alioua, les échanges de bons procédés entre Salaheddine Mezzouar et Nourreddine Bensouda, l’enrichissement de Taoufik Hjira et de Yasmina Baddou sont autant d’aveux que quelque chose s’est définitivement grippé dans le système politique marocain et que la vénalité éloigne tout autant nos élites de leur véritable travail de politiciens,  qu’elle les rapproche des desseins de vulgaires mafieux.

 

On ne regrettera qu’une chose dans cette affaire indigne,  c’est que l’ex-ministre, ce présumé escroc et voleur à la petite semaine,  soit désormais, logé à la même enseigne que Mouad Belghouat,  Alias « Lhaqed » et Younes Belkhdim, Alias « Le poete du peuple », la prison de Oukacha.

Une véritable insulte à ces deux héros du printemps marocain !

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