Juan Mendez ou le traumatisme du cas marocain

Le rapporteur spécial pour la torture auprès de l’ONU s’est dit profondément choqué par ce qu’il a entendu dans les prisons marocaine. Juan Mendez qui était accompagné de deux traducteurs et d’un médecin légiste aura vécu ces journées comme un véritable cauchemar, lorsque les prisonniers ont enfin pu lui témoigner du calvaire qui fut le leur, au cours des interrogatoires, mais également tout au long de ces années d’enfermement, où ils n’ont rien eu à envier à des bêtes sauvages.

Des détails effrayants,  comme la bastonnade, le viol à la bouteille ou le viol tout court, les coups administrés sur le sexe, l’arrachement des dents ou des ongles, le supplice de la baignoire, l’étouffement à la serpillère mouillée. la privation d’eau, de nourriture et de sommeil, l’isolement dans le noir complet avec des musiques jouées à plein volume pendant des semaines.

Le missionné de l’ONU s’est dit particulièrement choqué lorsque certains prisonniers ont évoqué la signature des procès-verbaux, les yeux bandés, sous la contrainte et la menace de supplément de torture. Des procès-verbaux qui, rappelons-le ont valu aux suspects des condamnations. à de lourdes peines de prison.

Les cas les plus terribles de barbarie ont été rapportés par les prisonniers de Tiflet et de Salé, bien que Juan Mendez  n’ait pas eu le temps de visiter d’autres prisons désormais célèbres pour les abominations qui y sont commises, à l’endroit des prisonniers salafistes, comme celle de Toulal.

Le fonctionnaire de l’ONU a promis d’établir un rapport  exhaustif sur tout ce qu’il a entendu au cours de ses visites des prisonniers et qu’il n’oublierait pas d’y adjoindre les compte-rendus de torture en langue anglaise qui lui sont parvenus. Il a également rassuré les prisonniers et leurs proches à propos d’éventuelles représailles de l’administration pénitentiaire, suite aux révélations dont ils lui ont fait part. Enfin il a transmis aux détenus son adresse électronique afin qu’ils puissent l’informer de toute information supplémentaire.

Nouvelle ère ou pas, les organisations des droits de l’homme n’ont jamais cessé de dénoncer la torture au Maroc.

Dans un rapport intitulé « Arrêtez de chercher vos fils ! », daté d’octobre 2010, l’organisation Human Right Watch,  dénonçait les exactions systématiques commises par les services de sécurité, à l’encontre des personnes suspectées d’appartenance à des réseaux terroristes.

Puis le rapport 2011, d’Amnesty International, qui, citant les témoignages des prisonniers et de leur famille était accablant pour les méthodes en vigueur,  dans les services de police, de justice et de l’administration pénitentiaire.

Le rapport Mendez vient compléter avec des exemples concrets les deux précédents.

Le cas de torture le plus emblématique restera sans doute, celui de Bouchta Charef qui, le premier a osé témoigner dans une vidéo de son calvaire.

Extradé par les autorités syriennes vers le Maroc  le 17 Juillet 2009, il est  immédiatement transféré   au centre secret à Temara où  il est  victime  du viol à la bouteille et de chocs électriques sur le pénis. Des tortures qui lui valent  des séquelles irréversibles.

Aucun supplice ne lui est épargné. Battu sans relâche et à la moindre occasion, il explique comment les bourreaux ont recousu son rectum déchiré par le supplice de la bouteille et attendu qu’il guérisse de ses hématomes avant de le prendre en photo pour les besoins de la fiche de police.

Mohamed Rhaloud, cet étudiant à l’université de Fes, incarcéré  à la prison locale de la ville de Fès sous le numéro d’écrou 70 840, racontait:

«  A l’instant même de  mon arrestation le 18 mai 2011, la torture physique et psychologique a commencé de diverses manières : coups par bâton, de chaînes, coups de pieds, gifles jusqu’à la perte de connaissance.  Après avoir repris mes esprits, je me suis retrouvé dans une voiture de police les yeux bandés et les mains menottées. A ce moment, j’ai entendu les cris de douleur de la camarade Fatima Zohra Elmaklaoui  torturée à son tour.

J’ai été torturé de façon barbare et impitoyable, le froid et la faim étaient aussi au rendez-vous

Le dernier jour de torture,  samedi 21 mai 2011, après avoir ficelé et falsifié mon dossier, ils m’ont demandé  de signer. A la simple question de savoir ce que je devais signer, une pluie de coups s’est abattue sur moi, m’obligeant à signer le procès verbal. »

Le Maroc qui ne s’est jamais défait de ce qui fait sa spécificité, le mépris du droit humain est de nouveau sur la sellette et Juan Mendez qui s’est envolé pour la ville de Layoune n’est certainement pas au bout de son traumatisme.

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3 commentaires pour Juan Mendez ou le traumatisme du cas marocain

  1. Asçotta WellCaball dit :

    Ce que Juan Mandez a « mis au jour » et s’apprête à révéler relève plus du courage et de l’honnêteté que de la « découverte surprenante ».

    Les américains, lorsqu’ils cherchent un sous-traitant pour faire une job, ils ne se contentent pas du bon dans le domaine, ni même de l’excellent : Il leur faut LE MEILLEURS, mon cher Bâ-Salah.

    Les méthodes très sophistiquées de la police allemande, (héritière de la méthode nazie) sont connues et ont gagné la célébrité durant les années 70 du dernier siècle avec les jeunes de la bande à Bader !…
    Les polices sud africaine et israélienne ont elles aussi une excellente « réputation » dans le chapitre de la barbarie des tortures !…
    Et pourtant ce n’est ni à l’une de ces trois polices fascistes, ni à d’autres ayant au moins une aussi bonne « réputation » que la C.I.A a sous-traité la torture des « combattants ennemis ».
    C’est aux polices secrètes et officieuses du Palais, de Mohamed VI que la C.I.A a donner le « juteux » contrat du siècle de notre troisième millénaire.
    Pour la TORTURE, personne ne s’approchera du niveau atteint par le Palais. Rappelez-vous le calvaire des frères Jamaï, le Ministre de l’intérieur et le Ministre de la défense dont le mort devait resté attaché au frère survivant jusqu’à ce que les ordres du Palais arrivent de Fès où a été les chercher un messager (C’était avant que le télégramme ou le téléphone n’atteignent le Maroc!).
    Depuis le règne sanguinaire d’Hassan II, le Palais a fait de gigantesques progrès dans son domaine de « spécialisation », la torture des musulman(e)s.
    Plus d’un innocent et plus d’une famille, bébés et bonnes compris avaient été enterrés vivant . Rappelez-vous la famille Oufkir, un ancien et plus que fidèle serviteur du Palais.
    Il n’y a que ceux qui ont cru à la légende du Roi des pauvres (Comme nos ancêtres les marocains avaient cru au Sultan sur la lune !) qui ont cru que Tazmamart, c’était « chose du passé ».
    Avant même qu’un Tazmamart ne soit connu, par « accident » si je puis dire (Sans le fait qu’un tazmamartien ait eu une épouse américaine, l’humanité n’aurait jamais su qu’une telle horreur ait existé !), un autre Tazmamart est créé !…Des Tazmamart, il y en a eu au Maroc Alaoui avant Hassan II, et du temps de Hassan II.
    C’est aussi sûr qu’il y en aura tant et aussi longtemps qu’au Maroc, il y a un Palais où règne et gouverne un Alaoui.

    À bas Mohamed VI, l’assassin & tortionnaire des musulman(e)s.
    GLOIRE AUX MARTYRS de 1630 à 2012.
    VIVE LE M20FÉV2011.

  2. Asçotta WellCaball dit :

    Une phrase de Juan E. Méndez, « Rapporteur spécial des Nations Unies… » m’a franchement intrigué : Que veut dire cet homme, apparemment honnête et incorruptible, par « Une culture des droits de l’homme se développe au Maroc » ?…
    Qu’y-a-t-il dans le dossier des droits de l’homme au Maroc pour faire écrire à cet honnête homme les cinq mots flatteurs :
    « culture des droits de l’homme » !

    Si on examine le « Dossier Constitutionnel » du Maroc, on y trouve quoi au juste ?
    Il y a bien sûr la Constitution du 7 décembre 1962, ses amendements et sa dernière mouture de juillet 2011.
    Pour être exhaustif, on y trouvera aussi une constitution mort-née de 3977 mots et 92 Articles qui se termine par cette phrase «La Constitution fondamentale marocaine a été terminée le dimanche 15 Ramadan 1326, correspondant au 11 octobre 1908.». Cette « Constitution fondamentale marocaine » n’était, selon le document disponible sur le web (*voir lien) qu’un « Projet de Constitution marocaine du 11 octobre 1908 ».
    Un très bon élève de l’école primaire pourrait le produire et, de ce fait, il est si amusant et si touchant de le lire pour mesurer l’étendue et la profondeur d’«une culture des droits de l’homme au Maroc».
    Rappelons les mots de Mohamed V à son médecin personnel, le Dr. Cléret :
    «[…] Ma mère, Lalla Yacout […] Cette femme, que j’ai beaucoup aimée, a eu une grande importance dans ma vie. Aujourd’hui, je vais vous faire une révélation. Ma mère était française. Elle a été enlevée à la fin du XIXème siècle près d’Hyères, en Provence, par les derniers barbaresques de Tunisie, qui l’ont revendue aux pirates de Salé. Finalement, des tribus du Haouz l’ont offerte à mon père, Moulay Youssef”.
    Je soupçonne donc la jeune Yacout d’être la rédactrice de l’historique document !
    Yacout n’était-elle pas le nouveau cadeau et amante de Youssef Ben Hassan ! Youssef qui sera intronisé Sultan de l’Empire chérifien par Lyautey dans moins de 4 ans ! Youssef qui sera père du futur Sultan Mohamed Ben Youssef dans 10 mois à compter de la date du document !…Toute chose paraissant incroyable mais ô combien réelles !
    Il est aussi probable que le document ait été écrit par un jeune enfant de 9 ans, l’ainé des petits enfants de Yacout par exemple et postdaté par ce jeune diable-&-menteur que sera Hassan II !… Toute chose paraissant incroyable mais ô combien probables !
    Osons l’écrire, cette « Constitution fondamentale marocaine » du 11 octobre 1908 n’avait franchement rien, ni dans la forme, ni dans le fond pour être considérée comme le germe d’une
    «culture des droits de l’homme […] au Maroc ».
    Il est donc bien clair pour qui connait un tant soit peu la triste histoire du Maroc qu’aucune «culture des droits de l’homme» n’y a vu le jour de 1630 à 1908 puisque la propre mère du futur Sultan Mohamed Ben Youssef est une française qui a été enlevée et « offerte » à son père Youssef. C’est Mohamed V lui-même qui le rapporte au Dr. Cléret comme on vient de le signaler.
    Il est aussi clair qu’aucune «culture des droits de l’homme» n’y a vu le jour de 1908 à 1956 !
    Est-ce alors la constitution de décembre 1962 qui serait la première semence de notre «culture des droits de l’homme […] au Maroc » ?
    La constitution du 7 décembre 1962 ? C’est celle que fera écrire l’enfant gâté (pour qui le «Projet de Constitution marocaine du 11 octobre 1908» était un chef-d’œuvre accompli.) par son professeur (M. Duverger), lorsqu’il aura une «licence en droit de Bordeaux» et 33 ans : Hassan II utilisera 4087 mots pour ses 12 titres et 110 articles là où l’enfant n’avait besoin que de 3977 mots pour ses 92 articles.
    La constitution enfantine du 11 octobre 1908 est à tout prendre plus « généreuse » pour le Maroc et ses habitants.
    Le Maroc était composé de « nations marocaines» (Article premier !)
    «Le Sultan est appelé l’Imam des Musulmans et le défenseur de la religion. » (Article 6) et non pas «Le Roi, « Amir Al Mouminine » (commandeur des croyants), symbole de l’unité de la nation, garant de la pérennité et de la continuité de l’État, veille au respect de l’Islam et de la Constitution. Il est le protecteur des droits et libertés des citoyens, groupes sociaux et collectivités» (Article 19).
    Il est certain que de 1908 à l’adoption de la constitution 1962, le Maroc ignorait tout, et « Malik’âne oua Houkoumat’âne oua Cha’âb’âne », de la «culture des droits de l’homme».
    Pour la suite, l’histoire des années de plomb est là pour nous le dire : Il n’y avait que la culture de LA TERREUR des années 1963-1965, triste et sanguinaire épisode qui s’est clos avec l’enlèvement de Ben Barka le 29 octobre 1965 en plein jour et du centre de la Ville Lumière.
    La terreur des années de plomb a duré de …1956 à la mort d’Hassan II en juillet 1999 ! «C’est un voyage au pays des larmes. Une plongée douloureuse dans le Maroc des années de plomb. […] de la répression exercée de 1956 à 1999».
    Aurait-elle, la fameuse culture dont on n’a jamais vu une graine nulle part, émergée depuis que le Roi des pauvres règne & gouverne ?
    On sait que la C.I.A s’adresse aux polices de Mohamed VI pour faire avouer n’importe quoi à des innocents. Ce qu’on aurait ignoré pour toujours si les kidnappés de la C.I.A n’avaient été « transités » par des pays européens où fleurit la « culture des droits de l’homme ».
    C’est dire que les mots «une culture des droits de l’homme se développe au Maroc» de Monsieur J. Mandez relèvent, pour moi en tout cas, du plus grand mystère des treize années de pouvoir absolu de Mohamed VI. Aucune culture des droits de l’homme ne verrait le jour dans un pays où règne & gouverne Mohamed VI.
    Si les Alaoui ont été incapables en plus de trois siècles de pouvoir absolu de faire du Maroc un pays de « culture des droits de l’homme», ce n’est ni aujourd’hui ni demain ni dans trois siècles que « se développera une culture des droits de l’homme […] au Maroc».

    * constitution de 1908 : http://droitpublicmarocain.com/

  3. carapuce210 dit :

    s’il a cherche à être puni comme c’est qu’il voulu. normalement il doit subire pire que ça!

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