Appel du Caire et tragédie en Syrie

Ce mercredi-là, au Caire, on aurait pu croire que la mère de toutes les batailles était en préparation, à la « Conférence islamique de soutien à la Révolution syrienne : ensemble jusqu’à la victoire« .

Rien n’y a fait défaut. Ni battage médiatique, ni intervenants pléthoriques, ni discours enflammés, ni assistance nombreuse chauffée à blanc et appelant au « Jihad ». Un terme galvaudé jusqu’au ridicule, parce que décrété contre d’autres musulmans. Les maures d’Andalousie ne firent pas mieux. Ils se livrèrent sans merci des guerres fratricides, au grand ravissement des Catholiques. Tant et si bien, qu’elles contribuèrent à les reconduire avec armes et bagages, au fin fond de leur désert d’Arabie.

Moment particulièrement pénible que celui qui a vu ces prêcheurs de chaînes satellitaires, connus pour leur propension à enchaîner appels à la sagesse et invitation au dialogue et à la tolérance et qui, du haut de la tribune, se sont mus en boute-feux éructants, incitant à la haine et à la division. A croire que le « Jihad » syrien les rapprochait plus que tout autre, du Créateur.

Si la Syrie est entrée dans sa troisième année d’un conflit meurtrier, le peuple palestinien n’en finit plus, depuis plus de soixante ans de payer au prix du sang, son attachement à la terre de ses ancêtres, sans qu’aucun de ces enragés n’ait jamais cru bon s’indigner ou s’emporter contre le massacre de femmes d’enfants et de vieillards, préférant se claquemurer dans un bien assourdissant silence à propos de la Palestine.

C’est de la tragédie palestinienne qu’il aurait du être question, dans cet « Appel du Caire ». Une mission à laquelle tous ces hommes ont failli et qui reste d’une cruelle réalité, parce que laissée en plan. A croire qu’un même esprit malfaisant aurait commandité tout ce tohu-bohu sur la Syrie, pour mieux faire oublier la Palestine et les palestiniens.

La Conférence du Caire restera, à tout jamais, inscrite au panthéon de la stupidité, avec tous ces musulmans s’improvisant, à leur insu, porte-paroles de l’Etat d’Israël. Et même s’il est permis de croire que certains ignoraient la portée réelle d’une telle conférence, on ne peut s’empêcher de penser que beaucoup parmi eux, s’y entendent en politique, pour l’avoir pratiquée ou pour leur proximité avec les responsables gouvernementaux. Les musulmans étaient en droit d’attendre d’eux un minimum de réflexion et d’intelligence politique, sur un sujet d’une telle gravité.

Beaucoup plus qu’une affaire de chute du régime, la question syrienne est porteuse de germes de déchirements inter-ethniques et de conflit inter-communautaire. Si Israël craint, par-dessus tout, une victoire du régime syrien qui signifierait une montée stratégique en puissance de l’ennemi iranien, il n’en appréhende pas moins de voir triompher à ses frontières des Jihadistes. L’Etat hébreux observe avec inquiétude les évènements à sa frontière nord. Plus que tout autre régime dans la région, il est au su des rivalités territoriales entre l’Iran et ses voisins du golfe. Les dirigeants israéliens savent également pertinemment que là où la géostratégie peine parfois à déclencher les conflits, le communautarisme religieux s’y prend à merveille, pour engendrer les pires atrocités. Alors ils se prennent à espérer en secret.

Ni Israël ni les Etats-Unis ne souhaiteraient voir l’émergence de l’un ou l’autre de ces deux pôles antagonistes que sont le pôle chiite sous la coupe de Téhéran et le pôle sunnite, qui compte déjà parmi ses rangs, deux dirigeants issus de révolutions qui ont à tout le moins ouvert aux peuples, les yeux sur la nécessité de se mobiliser. Dans leur ignorance de l’avenir, les deux alliés se perdent en conjectures, y compris les plus calamiteuses, comme un rapprochement chiito-sunnite, sous les auspices des frères musulmans, qui prendraient le pouvoir en pays sunnite, dans le sillage du printemps arabe. Pour s’épargner un tel scénario catastrophe, Tel-Aviv et Washington jouent leur va-tout dans le conflit syrien, incitant les protagonistes à mieux s’entretuer.

A Washington qui conserve dans ses archives l’explication de la défaite des troupes russes en Afghanistan, on garde sans doute en mémoire que le rôle primordial de cette guerre idéologique avait été, pour l’essentiel, celui des religieux, les fameux talibans, à qui un lavage de cerveau approprié avait désigné le soldat russe comme impie, l’ennemi désigné de l’Islam. La suite est connue. La décision politique d’attaquer les russes est venue de Washington, les Etats du golfe assurant le financement des opérations militaires. Dix ans de guerre permirent à l’Islam de compter un nouveau pays dans son giron, pendant que les Etats-Unis « se payaient » le monde.

Juin 2013, voilà qu’un scénario identique menace de se reproduire. A la différence de l’Afghanistan qui avait vu le triomphe des frères musulmans afghans, ce sont les salafistes qui menacent de tout emporter en Syrie. S’ils devaient y parvenir, les Etats-Unis seraient encore une fois, le plus gros gagnant. Les plus gros perdants seraient sans conteste, les pays arabes et musulmans. Pour les décennies à venir !

Idriss Ganbouri

Traduction de l’arabe par  Salah Elayoubi

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