Le roi n’a plus toujours raison

Rabat, le 7 août 2013 : des manifestants protestent contre la grâce accordée par Mohammed VI à un pédophile espagnol - AFP
Rabat, le 7 août 2013 : des manifestants protestent contre la grâce accordée par Mohammed VI à un pédophile espagnol – AFP

 

L’excès de tyrannie finit toujours par tuer la tyrannie ! Celle de Mohammed VI n’échappe pas à ce postulat implacable. Son refus d’amender le régime, son affairisme coupable, son accaparement de tous les pouvoirs, son obstination à s’entourer de prédateurs, de tortionnaires et d’incompétents, son refus de se séparer des corrompus qui l’entourent, lui font dire à qui veut bien y croire qu’il exerce une monarchie exécutive, alors qu’il se trouve tout simplement à la tête d’une dictature.

L’affaire de la grâce le démontre clairement [accordée le 30 juillet au pédophile multirécidiviste, Daniel Galvan Fina, de nationalité espagnole, condamné en 2011 à 30 ans de prison pour avoir violé 11 enfants ; face aux manifestations de protestation et à la forte mobilisation sur les réseaux sociaux, le roi est revenu sur sa décision le 4 août ; le 6 août Galvan a été placé en détention préventive par la justice espagnol].

A concentrer tous les pouvoirs, le despote finit par n’en maitriser aucun et n’est, dès lors, plus à l’abri du moindre faux-pas, de la moindre erreur ou peau de banane de son entourage.

On aurait pu évoquer tant d’affaires qui ont jeté l’opprobre et la honte sur le pays, comme la torture à compte d’auteur, pratiquée à l’encontre de nos semblables, acheminés par les avions cargo, depuis l’Afghanistan, tel du bétail livré, pieds et poings liés, aux soins criminels de bouchers qui ne partagent plus rien avec le genre humain. Le roi pouvait-il ignorer les abominations que ces janissaires commettaient impunément, sur notre sol, au nom de la lutte contre le terrorisme ?

Demander pardon, pour toutes les exactions du passé !

« Les peuples qui ignorent leur histoire se condamnent à la revivre ! », disait Churchill. Autant se l’avouer, notre pays se trouve bien dans la situation de celui qui s’obstine à ignorer son histoire et qui la visite encore et encore, au gré d’insupportables recommencements. L’espace d’un instant fugace, nous avions espéré la fin de nos tourments, à la mort d’Hassan II [29 juillet 1999]. On se prendrait presque à regretter le défunt tyran, tant le Maroc semble naviguer à vue, d’improvisations en errements, de mensonges en travestissements de la réalité et d’exactions en forfaitures.

La prédation économique s’est accélérée, les prédateurs se sont multipliés. La corruption s’est généralisée à toutes les couches sociales et à toutes les professions. La magouille politique a atteint des sommets et le Maroc visite le fonds du classement de tous les indices. Autant de crimes et point de châtiments, parce que nous continuons de nous taire, d’un silence complice. Nous persistons à nous voiler la face, et à nous bercer de vieilles comptines éculées où il est question du bon roi et du vilain entourage.

Comme dans cette malheureuse affaire de grâce, l’Etat marocain a fait la démonstration de ses limites, et n’a désormais plus rien d’autre à offrir que des coups de matraques à ses détracteurs, et des boucs émissaires à la colère populaire légitime.

A de rares exceptions près, la classe politique, toutes tendances confondues, s’est claquemurée dans le silence du lâche quand elle n’a pas tout simplement pris fait et cause pour la grâce, sans aucune considération pour les victimes et leur famille. Des comportements indignes qui confortent le tyran dans sa tyrannie et l’incitent à persévérer dans son aveuglement.

Pourtant, hormis la répression policière, le limogeage des seconds couteaux ou encore l’emprisonnement des démocrates et la prédation économique, il y aurait tant à faire et qui, à défaut d’être entrepris, éloigne d’autant le Maroc du concert des véritables démocraties.

Il y aurait également tant de ces gestes à accomplir qui grandissent toujours ceux qui les accomplissent. A commencer par le premier d’entre eux, celui de demander pardon, pour toutes les exactions, les crimes ou les erreurs du passé !

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