Vaudeville politique et échec de Benkirane ?

benkirane

Ecrit Par Ali Anouzla

Interprété par Ahmed Benseddik

Vingt mois après sa nomination, chacun est en droit de faire un état des lieux de l’action d’Abdelilah Benkirane, à la tête du gouvernement marocain et de  s’interroger, à l’aune des derniers développements,  si l’expérience n’aurait pas atteint ses limites et si par son acharnement l’intéressé, ne serait pas en train de signer son propre suicide politique et, à terme,  la perte de son parti. Un scénario qui pourrait s’avérer fort coûteux pour le Maroc et les marocains.

Un  « punching-ball » nommé Benkirane

A l’heure où je commets ces lignes, je reste parfaitement conscient que la vie du patron du PJD ressemble, en tous points,  à celle du « Punching-ball » sur lequel, à tour de rôle, chacun vient affûter ses poings. Pourfendre Benkirane est devenu un sport national, à telle enseigne que le Chef du gouvernement s’en est ouvert à la Chambre des Conseillers, reconnaissant qu’il est devenu la cible privilégiée de toutes les attaques.

Loin de moi donc, l’idée de tirer sur l’ambulance. Au demeurant, n’ai-je pas hésité dans un précédent papier, à dénoncer les pourfendeurs de l’homme qui n’avaient pas le courage de s’en prendre au véritable détenteur du pouvoir dans ce pays ?  Je me contenterai donc de poser cette simple question : Benkirane aurait-il échoué dans la conduite des affaires du pays ?

La réponse pourrait sembler facile, à tout un chacun, au premier abord. Un partisan de Benkirane vous soutiendrait mordicus, que l’homme vole de victoire en victoire, même si celles-ci relèvent du symbole. Il citerait, en appui, ses joutes oratoires et ses envolées lyriques au parlement, qui font ressembler le Chef du gouvernement au maître d’école, réprimandant les paresseux. A contrario, un opposant dresserait le constat impitoyable de son échec dans la gestion de la chose publique.

Plusieurs décennies pour quelques succès

Rendons tout de même justice à l’homme, en rappelant quelques un de ses succès.

Il restera celui qui aura convaincu  le pouvoir, d’ouvrir aux islamistes la participation à la vie politique, après avoir gagné à la cause de la légitimité d’une action politique pacifique, ses troupes. Il a également bâti le plus grand parti islamiste et remporté les dernières élections, s’imposant du même coup comme un interlocuteur crédible du Pouvoir. Premier leader islamiste à diriger un gouvernement, il a imposé un style qui lui a valu la sympathie de larges franges de la population marocain et l’a aidé à faire passer la pilule amère des augmentations du prix des carburants et du gel d’une grande partie des investissements publics.

Echecs en rafale

Mais là où il a fallu plusieurs décennies pour quelques accomplissements, quelques mois auront suffi à notre ami, pour cumuler tant d’echecs et faire naître autant de désillusions.   Il a échoué à faire rentrer la Jamaa Adl Wa Al Ihssane dans la légalité politique. D’autres mouvements islamistes tels que « Al Badil Al Hadarie» et «Al Oumma»  n’ont toujours pas le droit de se constituer en partis politiques, malgré  la  volonté de leurs dirigeants d’accepter les conditions du jeu politique tel qu’il est aujourd’hui.   L’homme a échoué à rallier les élites du Salafisme à son parti plutôt qu’à d’autres. Il a raté l’ouverture de son parti aux démocrates de gauche. Il n’a gagné ni la confiance du Pouvoir, ni la bénédiction du Palais malgré toutes les concessions qu’il a consenties et les autres qu’il se dit prêt à consentir. Il n’a jamais réussi à imposer ses arguments, lors des négociations avec le pouvoir, qu’il s’agisse du jeu politique, des élections ou de la formation du gouvernement. La stabilité gouvernementale, la cohésion de la majorité, les projets de  réformes et les prérogatives de chef du gouvernement, en ont singulièrement pâti.

Enfin, il a échoué à concrétiser ce qui fut son fameux slogan de campagne : «Ton vote est ta chance pour lutter contre la  corruption et la tyrannie». En adoptant la soumission et la docilité comme stratégie, Benkirane a capitulé face à ces deux fléaux dont il est même devenu le plus précieux des alliés.

Mais le plus grave à mettre au compte de Benkirane, aura été son pari de réformer le « système » de l’intérieur. Une vieille chimère sur laquelle s’étaient cassés les dents les socialistes et qui valut à l’USFP de sortir laminée, au bout de dix ans au gouvernement.

La logique du « changement de l’intérieur »

L’entêtement de Benkirane à s’extirper de cette logique, ne peut que lui faire mordre la poussière, comme ce fut le cas d’Abderrahmane Yousfi et son parti, réduits au statut d’organe de presse enchaînant communiqués et déclarations d’opposition au gouvernement, dans l’espoir de gagner tout au plus quelques strapontins. Une pure escroquerie intellectuelle qui a déjà montré ses limites.  Comment peut-on, en effet, décemment,  lutter contre la corruption en s’alliant aux corrompus ou encore lutter contre la dictature en s’aplatissant face aux tyrans ?

Benkirane et les siens serinent à qui veut bien les entendre,  qu’ils n’ont que deux alternatives. La première serait une nouvelle majorité à composer avec le  «Rassemblement National des Indépendants». La seconde serait un recours  à des élections anticipées

La première se révélerait du bain béni pour le chef du RNI qu’elle remettrait en selle, alors que les membres du PJD n’ont cessé de l’agonir de leurs critiques au parlement. Le PJD y perdrait les reliefs de crédibilité qui lui restent, la « valeur ajoutée » du RNI étant, par ailleurs, nulle, le parti ayant depuis toujours, été associé au pillage organisé du pays et à la répression du peuple.

La seconde option n’est pas du ressort du patron du PJD et ne ferait que reproduire la même carte politique, avec en prime, le risque de voir un autre parti,  remporter les élections et la perpétuation du vaudeville politique que vit le pays, depuis le fameux « processus démocratique »,  jusqu’à cette prétendue « révolution des urnes », tout droit sortie de la farce nommée « nouvelle Constitution ».

 Au croisement, était un autre chemin

Cependant, en plus de ces deux options dans lesquelles Benkirane et son parti voudraient s’enfermer, il y aurait une troisième solution qu’ils aimeraient éviter, celle de la rue. La seule qui puisse rebattre convenablement les cartes et imposer de nouvelles règles au jeu politique, avec en perspective la révision de la constitution, de la loi électorale, du mode de scrutin et du découpage électoral. Au final,  le seul  espoir  de bâtir un jour, des institutions démocratiques.

Une option qui ferait appel à l’audace. Benkirane présenterait ses excuses au peuple et procèderait à une sévère autocritique, pour recouvrer la confiance perdue. Persister à affirmer  que le parti met la stabilité du pays au-dessus de toutes considérations politiques ou calculs partisans, revient à cacher derrière un mensonge grossier, sa lâcheté et sa  complicité objective avec la tyrannie.

Le PJD se trouve donc à un carrefour stratégique de son histoire,  entre un retour  à ses objectif initiaux d’éradication de la corruption et de lutte contre la tyrannie et continuer de les couvrir et les justifier.

C’est le même Benkirane noyant aujourd’hui le poisson, à l’évocation des crocodiles et des démons, qui avait, pourtant, un jour d’avril 2011, en plein meeting, cité nommément les corrompus:

 Majesté, ils puisent leur pouvoir de la proximité avec toi, ils ne font aucun bien et ne font que semer la corruption et tout cela n’est plus acceptable ! ».

Ne pourrait-il  retrouver le même courage de reconnaître ouvertement :

-« Oui, les mêmes corrompus continuent de sévir et je ne me tairais plus d’avantage. Je suis résolu à les dénoncer et à rompre toutes relations avec eux, afin de cesser d’être perçu comme leur complice ! ».

L’avenir prochain le dira !

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Un commentaire pour Vaudeville politique et échec de Benkirane ?

  1. Esperons que vous en avez d autre de ce niveau sous le coude !

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