Accords de pêche, le bal des hypocrites

1912-152-Signature-du-traite-de-Fes-au-Maroc

Le Sultan Hafid, en compagnie du maréchal Lyautey

 

Les accords de pêche ont ceci de méritoire qu’ils nous rappellent la sordide réalité de la monarchie marocaine, qui, au moindre péril qui la menace, n’hésite jamais à avoir recours aux pires réflexes de défense, quitte à entraîner pour notre pays, une perte de souveraineté.

La trahison toujours

Ce fut le cas, lorsque le sultan Hafid signa le traité instituant un protectorat français sur le Maroc,  le 30 mars 1912.  A force de campagnes militaires contre le Bled Siba, de brutalités fiscales envers les plus pauvres, d’incompétence et de train de vie fastueux, les sultans avaient progressivement asséché les sources de revenus, précipité la faillite économique du pays, induit la mise progressive sous tutelle de l’administration marocaine et ligué contre eux une bonne partie du pays. Le traité de Fez sauvera la monarchie, in extremis, du péril intérieur, mais aura pour conséquence le dépeçage du Maroc et la perte de son indépendance. Assimilé à une trahison, il suscita plusieurs soulèvements, dont les épisodes les plus célèbres furent la révolte des tribus Zaïans de Mouha Ou Hammou et celles du Rif sous la férule de Abdelkrim El Khattabi, au cours de laquelle la monarchie marocaine se rangea aux côtés de l’occupant français, accouru au secours des troupes espagnoles, après leur  défaite à Anoual en 1923 et la proclamation de la république du Rif.

Indépendance, mais pas trop s’en faut

L’indépendance acquise, le Maroc aurait pu, dans la foulée, revendiquer la souveraineté pleine et entière, sur tous les territoires qu’on lui avait ravis, à l’époque coloniale, d’autant que leur réintégration à la mère patrie n’aurait soulevé aucune objection de la part des populations concernées. Mais à  l’intérêt suprême, le régime alaouite a préféré « sauver sa peau », en s’alliant une fois de plus, aux puissances occupantes, afin d’écraser les mouvements nationalistes et républicains qui menaçaient son existence. C’est ainsi que l’Espagne put conserver, l’enclave d’Ifni, jusqu’en 1969, le Sahara occidental, jusqu’en 1976 et qu’elle occupe, à ce jour les présides de Ceuta et de Melilla et un certain nombre d’îlots au large des côtes marocaines, ou empêche, à tout le moins Rabat, d’y exercer sa légitime souveraineté, comme ce fut le cas lors de l’affaire de l’îlot Persil.

La France qui pensait durer en Algérie conservait, quant à elle, jusqu’en 1962, la majeure partie des terres, dont elle avait amputé le Maroc sur sa façade Est, au profit de ce qu’elle considérait alors, comme un territoire d’Outre-mer. L’Algérie indépendante ne voulut jamais entendre parler de rectification des frontières. On connaît la suite, « la guerre des sables » de 1963 et ses conséquences, dont le seul souvenir participe encore, pour grande part, de l’ « inimitié cordiale » et de la méfiance réciproque que se vouent les deux régimes.

« Pax Economica »

Soixante ans après l’indépendance, la monarchie marocaine reproduit donc, à l’identique,  les mêmes travers, entre un train de vie fastueux, des monopoles indécents pour elle-même, des passe-droits insupportables pour ses affidés, des atteintes aux libertés fondamentales et une protection des intérêts européens, dont elle sait que dépend sa survie.

Et à l’heure où grandit  la contestation des méthodes brutales et prédatrices de son régime, Mohammed VI, pallie incompétence politique et indigence diplomatique, par une sorte de « Pax Economica » avec l’Europe, espérant  s’acheter le silence et l’indulgence du vieux continent, en matière de droits de l’homme et sa complaisance, dans l’affaire du Sahara occidental.

Et si leurs défenseurs prétendent que les accords de pêche ne sont pas tant affaire de souveraineté nationale, il en est clairement question, dans l’imaginaire collectif, dès lors qu’une flottille étrangère s’autorise à « envahir » les eaux territoriales, pour y exercer la même activité ravageuse qui a entraîné une raréfaction des ressources halieutiques en Europe.

Bien plus grave, en s’impliquant dans la pêche au large des côtes sahraouies, Bruxelles, non contente de faire le jeu de la dictature marocaine,  remise au placard les principes élémentaires qui fondent sa démocratie, pour s’assimiler, aux yeux des adversaires du Maroc à son complice, dans le pillage d’un territoire contesté. Ce faisant, elle s’exclue de facto, de toute chance d’intermédiation future, dans un conflit qui aurait pourtant grandement besoin de sa neutralité.

Des légendes douteuses et des réalités cruelles

La légende hypocrite véhiculée par les promoteurs des accords, voudrait que seuls les excédents soient soumis aux prises européennes. Pure affabulation, destinée à faire mentir les études menées par les organisations de protection de la nature et qui pointent du doigt la raréfaction des espèces et les ravages de la pêche intensive, menée de concert par des navires battant pavillon marocain, appartenant à des proches du pouvoir et les bateaux européens.

En outre, s’il est question de cotas débarqués pour être traitées dans des usines employant de la main-d’œuvre marocaine, nul protocole ne mentionnera jamais tous les « sur-cotas » qui échappent à tout contrôle et que s’autorisent les armateurs « bien nés » ou « bien accompagnés », en toute impunité. Ils sont à l’origine de la disparition du poisson de nos étals et la mort de la pêche artisanale.

Enfin, si certains montent au créneau pour évoquer les quarante (40) millions d’Euros d’aide européenne mâtinée d’hypocrisie, ils seraient bien inspirés, de s’interroger si tous ces pays auxquels bénéficient ces accords, seraient prêts à prendre intégralement en charge, sur leur sol, le destin de ces milliers de familles de pêcheurs que leur intrusion a  largement contribué à ruiner et  en faire des parias dans leur propre pays.

Une réponse qui coule de source, en ces temps où l’Europe serait plutôt tentée par les discours protectionnistes, voire xénophobes de tant de ses femmes et hommes politiques.

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