Levée de boucliers pour des fripouilles

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Mustapha Adib devant le Val-de-Grace, peu avant sa visite

En quelques semaines, les relations entre Rabat et Paris sont allées crescendo, dans la détérioration.

Et un…et deux….et trois !

Une première fois, lorsque dans l’après-midi du 20 février 2014,  sept policiers français, étaient venus remettre à la résidence de l’ambassadeur,  Chakib Benmoussa, à Neuilly-sur-Seine, une convocation adressée par  Sophie Kheris, juge d’instructionà  Abdellatif El Hammouchi, directeur de la DGST (sécurité intérieure). La justice française avait, en effet été saisie par une Organisation Non Gouvernementale, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) d’une plainte pour « complicité de torture » contre le Numéro 2 du renseignement marocain.  Sans doute averti , l’homme s’était peut-être caché ou s’était simplement esquivé et le majordome de la résidence avait refusé de réceptionner le papier bleu.

Une seconde fois, parce que l’ex-Capitaine Mustapha Adib se serait rendu coupable, le 20 juin 2014, d’une « agression morale », contre le général Abdelaziz Bennani, ex-inspecteur général de l’armée et ex-commandant de la « Zone sud », hospitalisé au Val-de-Grace, hôpital militaire parisien.

Entre ces deux développements, une autre affaire s’était intercalée, au cours de laquelle Salaheddine Mezouar, le ministre marocain des affaires étrangères, en transit à l’aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle,  le 26 mars de la même année, s’était vu refuser l’accès au salon VIP, et fouiller au corps par la police française des frontières.

Dans le premier cas, Mbarka Bouaida, ministre déléguée aux affaires étrangères, avait convoqué Charles Fries, l’ambassadeur de France à Rabat, pour protester sèchement contre l’initiative de la justice française, avant que le Maroc ne suspende unilatéralement et sine die, l’exécution des accords judiciaires avec la France. Une décision lourde de conséquences pour plusieurs dossiers entre les deux pays, ainsi que pour des centaines de détenus, des deux côtés de la Méditerranée.

Beaucoup plus insolite, dans le second cas, c’est Mohamed Yassine Mansouri,  le patron de la Direction Générale des Études et de la Documentation  (DGED),  service marocain du renseignements et du contre-espionnage, qui, au mépris des règles les plus élémentaires de la déontologie, s’était chargé de convoquer l’ambassadeur français, pour lui signifier la colère du Maroc. Le service en question étant directement rattaché au Palais, on peut aisément imaginer l’instigateur de cette drôle de convocation et, à fortiori, des exactions commises par les services chérifiens de sécurité.

Levée de boucliers pour des fripouilles  

Si le régime marocain est monté promptement et vigoureusement au créneau pour ses deux sécuritaires, il n’en demeure pas moins qu’il n’agit pas autrement, lorsqu’il s’agit de prendre la défense des « acteurs civils » du Makhzen, comme ce fut le cas pour Salaheddine Mezouar.  La levée de bouclier avait alors forcé le patron du Quai d’Orsay, Laurent Fabius, à se confondre en excuses et n’était pas étrangère à l’échange téléphonique entre Mohammed VI et François Hollande, à l’initiative de ce dernier.

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Abdellatif Hammouchi Patron de la DST

Rappelons pour mémoire que la DST et, par conséquent, son patron Abdellatif Hammouchi sont impliqués dans pratiquement tous les cas de torture de ces dernières années, qu’ils concernent de simples citoyens, des activistes politiques, des opposants au régime ou encore des islamistes. L’homme et son administration sont également impliqués dans la pratique de la torture à compte d’autrui, lorsque la CIA avait transféré dans la  prison secrète  de Témara, par vols spéciaux, des détenus de Guantanamo, au lendemain des attentats du 11 septembre.

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Le général Abdelaziz Bennani

Quant au général Abdelaziz Bennani, il avait, à plusieurs reprises, été pointé du doigt par Thomas Riley, l’ex-ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, pour son comportement indigne de son grade, son implication dans des trafics divers au Sahara, son enrichissement illégal et les profits colossaux qu’il tirait des licences de pêche de complaisance qui lui ont été accordées par le régime. C’est le même individu qui fut à l’origine des déboires du Capitaine Adib et sa condamnation après sa dénonciation des faits de corruption dans l’armée marocaine.

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Salaheddine Mezouar

Salaheddine Mezouar mérite également une citation. Il était passé entre les gouttes, en même temps que son compère, Nourredine Bensouda, lorsqu’avait été révélée l’affaire de l’échange de bons procédés, sous forme de primes, entre le ministre des finances qu’il fut et le trésorier général du royaume que demeure toujours le second. Les dénonciateurs de cette affaire ayant, quant à eux, été poursuivis au pénal pour…… »divulgation de secret professionnel », notre pays s’étant désormais fait la spécialité de poursuivre et condamner les  pourfendeurs de la corruption et des détournements des deniers publics.

Rabat, comme une maîtresse cocufiée

La célérité et la violence avec laquelle les autorités marocaines réagissent, n’auront surpris aucun des observateurs habitués à traiter des relations franco-marocaines, le régime ayant toujours pris fait et cause, pour ses factotums en difficulté. Dans le passé des situations similaires avaient assombri les relations entre l’Hexagone et son allié marocain, comme ce fut le cas pour Mohamed Oufkir, Ahmed Dlimi et leurs complices dans l’affaire Mehdi Benbarka, ce fameux opposant au roi Hassan II, disparu à tout jamais après son enlèvement à Paris en 1965. Et si les relations se tendent si violemment et si régulièrement entre les deux capitales, c’est en raison de la nature profonde des liens économiques, stratégiques et géopolitiques  qui unissent les deux capitales, mais également en raison des complicités de toute nature, qui unissent dirigeants et élites des deux pays. Rabat réagissant, à chaque initiative française, ne recevant pas son assentiment, par des cris d’orfraie comme le ferait une maîtresse éconduite ou cocufiée. Des scènes de ménage de vieux couples qui sont aux antipodes de celle relevée, lors de la tentative de la justice anglaise d’entendre le général Housni Benslimane, lors de son passage à Londres en août 2012, pour sa participation présumée dans l’affaire Benbarka. Rabat s’était alors contentée d’exfiltrer le général, sans une ombre de protestation, auprès du gouvernement britannique. Et pour cause, la justice anglaise ayant la réputation d’être beaucoup moins encline à agir sur instructions que son homologue française. Une fuite qui vaut un aveu de culpabilité.

« Agression verbale », la belle trouvaille

Dans l’affaire du Val-de-Grâce, ce qui choque, par-dessus tout, c’est le traitement apporté par les acteurs du Makhzen et ses thuriféraires à l’information. Outre la qualification de l’initiative du Capitaine Adib en « agression verbale », terme absent des deux codes pénaux, marocain et français, c’est la précipitation, le déchaînement de violence et le suivisme dont lils ont fait usage, avant même de s’assurer de la véracité des faits, qui interpelle. Mustapha Adib a été bien inspirée d’enregistrer ses faits et gestes, la vidéo contredira  la version  des autorités marocaines. Ni violence verbale, ni agression, ni menaces. Que l’on soit d’accord avec lui ou pas, il appartient à l’ex-capitaine de juger des moyens pacifiques qu’il utilise pour donner la plus large publicité à l’injustice dont il a fait l’objet. Il le fait à sa manière, avec des actions plutôt spectaculaires et proportionnées à l’ampleur de l’ignominie dont il fut victime. Le général Bennani et ses commanditaires n’avaient-ils pas fait dans le spectaculaire pour empêcher le capitaine de faire des émules ? Ce faisant, ils n’avaient guère eu de scrupules à briser la carrière de ce dernier, parce qu’il dénonçait des faits avérés de corruption. Alors ce qu’il a entrepris mercredi dernier, est avant tout salutaire et à plus d’un titre, parce qu’il est dicté par cet instinct propre à l’être humain, de psychanalyser  les grandes douleurs. Dans le cas d’espèce, celle de se retrouver la carrière et la gueule brisées par un système habité par des canailles sans foi, ni loi.

La monarchie marocaine, première responsable de tant de tragédies, aura, encore une fois, apporté la preuve  que non contente de s’autoriser une sacralité à toute épreuve et une impunité totale, elle a étendu ces deux protections antinomique de la démocratie,  à la nébuleuse du Makhzen et à ses serviteurs. Tout comme le ferait la mafia pour mettre à couvert, les lieutenants du Capo di tutti capi.

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3 commentaires pour Levée de boucliers pour des fripouilles

  1. Le pédagogue dit :

    Le pédagogue :

    « L’indépendance dans l’interdépendance » n’a pas débarrassé les « indigènes » de l’asservissement, des persécutions, de l’oppression, de l’exploitation, des pillages, de l’accaparement, des usurpations, de l’arbitraire, des enfermements, des viols de la dignité, des tortures, des humiliations, des vexations, des injustices, de la corruption, des débauches, des mensonges, des pourritures, des horreurs et autres crimes du régime de l’imposture.
    La métropole veille à la servilité de sa colonie et le reste n’est que diarrhée verbale.

    • Asçotta WellCaball dit :

      «La métropole veille à la servilité de sa colonie et le reste n’est que diarrhée verbale.», conformément à l’article 3 du traité de Fès signé le samedi 30 mars 1912, le traité de la honte, que même un Pétain marocain, s’il est imaginable, n’aurait jamais signé !….
      3:)

  2. Omar HEDDOUCHI dit :

    Le Maroc est un projet familial…demandez a son Altesse Moulay Hicham…alors maintenant circulez y a rien a voir.

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