La tragédie rohingya, ces pogroms qui ne disent pas leur nom

 Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux

Il n’y a qu’une vertu, c’est la justice

Diderot

carte-birmanie L’Arakan  est une province birmane formée d’une bande de terre côtière et d’un chapelet d’îles. Le tout étalé sur cinq cent kilomètres de long et une centaine de large et qui semble avoir été enfanté par les entrailles du Chittagong, au Bangladesh pour grandir en terre birmane.

Récemment rebaptisée Etat de Rakhine, cette magnifique région tournée vers le golfe du Bengale a tout emprunté aux paradis touristiques. Des plages de sable blanc, aux forêts primaires en passant par le ciel azur et les eaux turquoises. Pourtant, ce qui s’y déroule ressemble à l’enfer qui a déjà englouti plus de la moitié de ses deux millions de rohingyas, ces musulmans de Birmanie, entre morts, disparus, déplacés et réfugiés.

Des conquêtes de l’Islam au colonialisme britannique

L’histoire commence au onzième siècle, lorsque les premiers navigateurs arabes atteignent le sous-continent indien. Ils fondent un chapelet de comptoirs commerciaux qui furent les prémices des premiers populations musulmanes. Les conquêtes de l’Islam feront le reste.

C’est le colonialisme britannique qui propagera au début du vingtième siècle, les populations musulmanes en Birmanie. Dans sa conquête du sud-est asiatique, il fera appel aux bengalis, pour tailler sa route à travers la jungle et bâtir son réseau routier et ferroviaire et les infrastructures de son empire.

Deux événements vont fonder la tragédie rohingya:

Tout d’abord, la seconde guerre mondiale qui va inaugurer une première césure entre bouddhistes et musulmans. Alors que les premiers, prennent fait et cause pour l’envahisseur nippon qui partage leurs convictions religieuses et qu’ils perçoivent comme leur libérateur, au point qu’un gouvernement pro-japonais va régner sur le pays d’août 1943 à mars 1945. Les seconds appuient, au grand dam de la majorité de leurs compatriotes, la lutte des alliés contre les forces de l’Axe Berlin-Rome-Tokyo.

Puis, lorsque sonne l’heure des indépendances, les «Moujahidines» arakanais s’en remettent, dans les années 1950, aux autorités du Pakistan oriental, pour les aider à lutter contre leur oppresseur, le pouvoir birman. Une seconde «erreur d’appréciation» qui va définitivement asseoir la haine des bouddhistes à l’égard des musulmans. C’est à cette époque que le terme «Rohang», désignant l’Arakan, donne son nom aux rohingyas.

Exactions et chape de plomb

La suite n’est qu’une longue liste d’exactions, de persécutions et de massacres qui ne disent pas leur nom, tant la chape de plomb qui s’est abattue sur la Birmanie, depuis le coup d’Etat militaire de 1962, est hermétique et les informations en provenance du pays parcellaires. Et comme si un malheur ne suffisait pas, la séparation du Pakistan, en 1971, rend les rohingyas indésirables au Bangladesh indépendant, ce dernier les suspectant d’une trop grande proximité avec Islamabad.

1982 signe la déchéance des rohingyas de leur nationalité birmane et un degré supplémentaire dans l’horreur. Jusqu’à ce jour du 11 septembre 2011, où les attentats qui endeuillent la ville de New York, donnent le signal de la curée, et transforment la tragédie en pogrom. Un moine de 45 ans, Ashin Wirathu, fonde le mouvement raciste «969» et appelle à boycotter les commerces musulmans et leur préférer les magasins estampillés 969, tenus par des bouddhistes. Le moine raciste tient des discours où le populisme le dispute à l’absurde. Il reproche tout et son contraire aux musulmans. Leur violence, leur nationalité étrangère, leur génie du commerce, leur contrôle de l’économie birmane, leurs trahisons passées et futures, leur tenue vestimentaire, leur refus de se «birmaniser», leur connivence avec Al Qaida ou encore les prétendus viols collectifs dont ils se rendraient coupables sur les femmes bouddhistes, avant de conclure, dans l’une de ses interviews :

« Maintenant, ils prennent le contrôle de nos partis politiques. Si ça continue, nous finirons comme l’Afghanistan ou l’Indonésie

Discours primaire qui emprunte au nazisme le même corpus idéologique nauséabond qui valut aux juifs et aux autres minorités les souffrances que l’on sait.

Emprisonné en 2003, le moine profitant de l’amnistie de 2012, consécutive à la libéralisation du régime, peaufine ses discours incitant à la violence contre les musulmans pour mieux distiller l’épouvante parmi ses victimes.

De la tragédie aux pogroms

Fin mars 2013, au centre de la Birmanie, des émeutiers bouddhistes ont pendant trois jours, mis à feu et à sang, la ville de Meiktila, au futile prétexte d’un différend commercial. Un bilan établi par les autorités et dont on peut raisonnablement penser qu’il est largement minoré, fait état d’une quarantaine de morts et de neuf mille déplacés, un euphémisme pour désigner ceux des musulmans qui ont du prendre la fuite, pour échapper à la folie meurtrière de leurs compatriotes.photo birmanie 640

Quelques jours plus tard, le 22 avril 2013, dans un rapport accablant de cent cinquante trois (153) pages, intitulé, «Tout ce que vous pouvez faire, c’est prier: Crimes contre l’humanité et nettoyage ethnique visant les musulmans rohingyas dans l’État birman d’Arakan », Human Right Watch (HRW) décrit, documents, photos, et images satellitaires, à l’appui, des scènes insoutenables, au cours desquelles des villages entiers ont été rasés et leurs populations musulmanes massacrées en juin, puis en octobre 2012, par les arakanais bouddhistes, tandis que les forces de sécurité assistaient, sans intervenir, quand elles ne prêtaient pas main forte aux assaillants.

L’organisation dit posséder des preuves de l’existence de quatre fosses communes, dans l’État d’Arakan, trois datant des violences de juin 2012 et une datant du massacre d’octobre de la même année. «Les forces de sécurité auraient délibérément creusé ces fosses, afin d’entraver la recherche de responsabilités et la quête de justice en creusant des fosses communes, pour détruire des preuves de crimes.» déclare son responsable. 

Ce n’est pas la première fois que l’organisation dénonce les crimes contre les rohingyas. En août 2012, dans un précédent rapport de cinquante-six (56) pages, intitulé «Le gouvernement aurait pu arrêter cela» elle accusait clairement les forces de sécurité birmanes d’avoir perpétré meurtres, viols et arrestations de masse à l’encontre des rohingyas.

Mais si la Birmanie est à mettre directement en cause dans ces pogroms, le Bangladesh voisin n’est pas en reste. Le pays rejette systématiquement à la mer tous les rohingyas, quand il ne pourchasse pas impitoyablement ceux d’entre eux qui ont réussi à débarquer clandestinement sur ses plages, la frontière terrestre étant, quant à elle, bouclée hermétiquement par les garde-frontières des deux pays qui n’hésitent pas à tirer à vue sur les fuyards.

Les plus chanceux parmi ces «Boat poeple» parviennent à trouver refuge en Thaïlande, en Indonésie ou en Australie où ils croupissent sans fin dans des camps de fortune.

Un Prix Nobel pour rien

Souci de ménager la fragile entreprise de libéralisation du régime ou crainte de s’aliéner ses coreligionnaires bouddhistes, Aung San Suu Kyi, la figure emblématique de la lutte contre la dictature birmane se tait. Un silence impardonnable au vu du massacre qui se poursuit. 

En visite à New York en octobre 2012, la célèbre opposante et Prix Nobel de la paix, a stupéfait les observateurs, en expliquant qu’elle ne voulait «pas mettre d’huile sur le feu», avant d’ajouter «Parfois vous avez le pouvoir, mais parfois vous ne l’avez pas. Quand vous pensez avoir le pouvoir de dominer les autres, c’est une solution qui n’est pas pérenne.»

Au siège de son organisation, laLigue nationale pour la démocratie, on conteste les termes de massacres et de nettoyage ethnique. Certains de ses membres ne se cachent pas pour suggérer la déportation des rohingyas, qualifiés d’étrangers ou de Bengalis vers un autre pays d’accueil. Ils opposent aux arguments des organisations des droits de l’homme, l’Etat de droit et la commission mise sur pied par la Birmanie, pour tirer au clair les circonstances à l’origine des événements. Une commission sitôt formée, sitôt dénoncée par Nurul Islam, Président de l’Arakan National Organisation (ARNO), pour sa partialité et sa propension à abriter des personnalités impliquées dans les massacres.

- «L’intention du gouvernement est claire: il veut exterminer notre communauté», dénonce le responsable depuis son exil londonien.

Aung San Suu Kyi garde sans doute à l’esprit le cas de ce moine bouddhiste, U Gambira, mis au ban de sa propre communauté, pour avoir pris la défense des musulmans. Un contestataire bien isolé, lorsqu’il accuse les autorités birmanes de se tenir derrière les massacres, pour diviser les communautés et faire oublier les réformes qu’elles doivent poursuivre.

Des "Pétromonarchies" bien silencieuses 

En visite en Birmanie, le 19 novembre 2012, Barack Obama avait bien tenté de plaider la cause des rohingyas, dans un discours prononcé à l’Université de Yangon. Une visite qui n’a tenu aucune de ses promesses, d’autant que l’administration américaine alléchée par les affaires, s’est empressée, d’emboîter le pas, en juillet 2011, à l’Union européenne qui avait levé, dès avril de la même année, les sanctions contre la Birmanie, en récompense de sa dissolution de la junte, et des réformes entreprises, un mois auparavant. Un très mauvais signal qui conforte Rangoon dans le statut quo insupportable, dont semble se satisfaire le gouvernement birman.

L’Organisation de la Coopération islamique (OCI) réunie à Djibouti, le samedi précédant la visite du président américain, avait exhorté le Conseil de sécurité à sauver les rohingyas désignés par l’ONU, comme l’une des minorités les plus persécutées du monde.  Mahmoud Ali Youssouf, ministre djiboutien des Affaires étrangères et président en exercice de l’OCI  avait alors souhaité voir Barack Obama délivrer un message fort aux autorités birmanes. Il en aura, d’autant plus, été pour ses frais, que pris isolément, aucun des membres de l’Organisation islamique n’a jamais manifesté le moindre empressement à apporter un quelconque soutien à cette communauté, devenue à force d’indifférence, une sorte de peuple des mers navigant sur des embarcations de fortune, à la recherche d’une patrie, pendant que certains pays du Golfe injectent des centaines de millions de pétrodollars dans les économies occidentales, ou pour propager le wahhabisme et fomenter des troubles jihadistes, hors de la péninsule arabique.

Interrogé par Lakome, sur la tragédie, la mission du Qatar auprès des nations Unies à Genève, n’a pas cru bon répondre.

Vous prendrez bien des romingyas pour le dessert ?

Lundi 20 mai, le président birman, Thein Sein, rendait visite à Barack Obama. Un déplacement que les organisations de défense des droits de l’homme suivront avec beaucoup d’intérêt et qui s’annonce, d’ores et déjà placé sous le signe de la reprise des affaires. La Birmanie attendant des Etats-Unis qu’ils lèvent la deuxième batterie de sanctions qui lui avaient été imposées du temps de la junte militaire. L’administration américaine entend, quant à elle, se tailler une part du lion dans le colossal business qu’elle a laissé en friche pendant plusieurs décennies.

Il faut espérer qu’il restera tout de même, une place, à tout ce petit monde, pour évoquer, entre le dessert et le café, ces pogroms anti-musulmans qui refusent toujours de dire leur nom.

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Les traîtres ne sont pas ceux qu’ils disent ! La trahison non plus

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L’Avenue de La Mecque à Laayoune, ressemble à n’importe laquelle de ces avenues marocaines qui se sont construites sous la pression de la démographie et qui, malgré le répertoire grandiloquent de quelques bâtiments officiels, n’arrivent pas à faire oublier leur laideur.

Ici, à la médiocrité des immeubles, s’est combinée la crasse drainée par le vent du désert, sous la forme de fines particules de sables qui érodent et façonnent le paysage et les hommes depuis la nuit des temps.

Deux différences notoires, toutefois: la ville s’est parée d’ocre rouge pour tenter de se fondre dans son environnement naturel et l’Avenue en question, est devenue le rendez-vous des indépendantistes sahraouis. Guère plus nombreux qu’une poignée d’hommes et de femmes bien déterminés à faire entendre leurs voix, mais particulièrement résolus à exporter partout ailleurs, les images de la répression sauvage qui s’abat sur eux à chaque fois qu’ils se rassemblent. Et le Makhzen, dans sa proverbiale stupidité, n’en finit plus de tomber dans le piège. Images accablantes de femmes sur lesquelles les policiers tenant plus de voyous de bas étage, que de forces de l’ordre, s’acharnent avec une violence inouïe, à coups de brodequins et de matraques, avant de leur arracher leur pantalon, une fois jetées à terre.

Loin d’intimider ou de dissuader, ces gestes inqualifiables, exacerbent la détestation du régime marocain. On retiendra cette phrase de l’une de ces victimes :

-   « Prends le pantalon, si tu veux, mais ma terre, tu ne la prendras pas ! »

Des images qui ont fait le tour du monde, des rédactions et des hémicycles ainsi que la honte de notre pays. Elles sont sans doute, à l’origine de la levée de boucliers qui accable désormais le Maroc et lui fait, au fil des semaines, perdre ses soutiens, les plus inconditionnels.

A des centaines de kilomètres de là, qui n’a pas vu ce vent de panique souffler sur le régime marocain et ses thuriféraires, lorsque l’allié américain s’est fendu de son projet de résolution visant à élargir les prérogatives de la MINURSO, à la protection des Droits de l’homme,  ne pourra jamais saisir combien le Sahara est le fond de commerce des absolutistes. Il les perdra sans doute, le moment venu.

Alors, pour retarder cette échéance inéluctable, on cherche des boucs émissaires à ce fiasco sans nom. Et dans l’épouvante qui saisit les tyrans, lorsque approche l’heure de payer, on se tâte fébrilement, on se fouille précipitamment, on tâtonne aveuglément, on dévisage même son voisin immédiat qu’on souhaiterait tant qu’il expie pour soi. Et tout naturellement, la lâcheté entre en action, et fait projeter par le despote, sur autrui, la responsabilité de ses propres turpitudes. Les marocains dans leur grande sagesse appellent cela s’attaquer à « petit muret ». C’est plus facile et moins risqué à sauter !

Cette fois, ce seront Ali Anouzla et Aboubakr Jamaï qui feront les frais de la campagne de haine. Deux hommes à qui on pardonne mal de continuer d’informer leurs compatriotes et d’avoir gardé intacts leur honneur de journaliste et leur  dignité d’homme libre, après que la tyrannie leur ait tout fait perdre.

Traîtres ! Le mot est lâché !

Mais qui, de celui qui informe ou celui qui se tait, face à l’insupportable, est le véritable traître ? C’est le flagorneur qui est le plus proche parent du traître, dit le vieux proverbe basque.

Les mêmes qui crient aujourd’hui,  à la trahison se sont tus, des décennies durant, lorsqu’on enlevait, torturait et faisait disparaître des milliers de sahraouis ou encore lorsque les officiers supérieurs faisaient durer la guerre au Sahara, pour mieux s’enrichir, à coup de trafics, pendant que l’on envoyait des générations de troufions à une mort certaine ou à des années d’emprisonnement dans les camps du Polisario, dans l’indifférence générale.

Ce sont également les mêmes qui observent avec un mutisme coupable, la prédation des ressources du Sahara. Une prédation assimilée à un pillage colonialiste et qui vaut au Maroc sa détestation par les sahraouis et la réprobation d’une bonne partie de la communauté internationale.

Et parce que, lorsque prospèrent les traîtres et la trahison, nul n’ose plus les appeler ainsi, pratiquement la même semaine où étaient proférées ces graves accusations, on apprenait sans beaucoup de surprise, tant les liens coupables du Maroc avec Israël  sont avérés, qu’afin de contrer la proposition de résolution américaine,  une délégation comprenant des proches du palais, aurait rencontré les dirigeants de l’AIPACAmerican Israel Public Affairs Commitee») et l’AJCAmerican Jewish Commitee»), deux lobbys pro-israéliens et ennemis acharnés de la Palestine et des peuples arabes,  alors même que le roi du Maroc se trouve être le Président en charge du « Comité Al Qods ».

assidUne infamie en chassant toujours une autre, le régime marocain, à court d’idées et de souffle, a voulu faire oublier la question du Sahara, en instrumentant ce blasphème imaginaire de Ahmed Assid, penseur amazigh et militant des droits de l’homme, qui s’en était vertement pris à l’enseignement de l’école publique marocaine et en particulier à sa manière de véhiculer l’image d’un Islam intolérant et suranné. Maladresse du discours ou provocation militante, toujours est-il que l’affirmation est partagée par nombre de marocains, dont beaucoup n’hésitent plus à préférer pour leur progéniture, d’autres systèmes scolaires que le cursus marocain à la médiocrité préméditée.

Même le chef du gouvernement étrangement invisible dans l’affaire de la résolution américaine, a soudain repris goût à l’existence et à la parole, pour joindre sa voix aux fatwas criminelles des obscurantistes au service du roi et haranguer ses troupes au risque de les inciter à commettre l’irréparable contre l’intellectuel en question.

Et comme par enchantement, lorsque fut consommée la « défaite américaine », les attaques contre Ahmed Assid se sont évaporées et la répression a repris de plus belle à Laayoune, Boujdour, Smara et ailleurs, contre les indépendantistes, pendant que les laudateurs de l’autoritarisme, ces autres traîtres, chantaient les louanges du Maroc et abreuvaient les marocains de leurs mensonges, leur cachant l’essentiel : le Pouvoir marocain est devenu infréquentable et le pire est à venir. Quelque chose s’est levé contre notre pays qui ne se couchera plus et qui rappelle cruellement l’histoire du Timor oriental, cette province que l’Indonésie avait cru avoir récupéré, mais qu’elle perdit, à défaut d’avoir gagné les cœurs de ses habitants.

Alors disons le clairement, les traîtres ne sont pas ceux qu’ils disent, mais plutôt ceux qu’ils taisent et la trahison n’est pas toujours ce qu’ils en racontent.

On ne compte plus les trahisons qui ont échappé à la dénonciation et les traîtres qui continuent de prospérer en détournant les deniers publics et en gangrenant de leur incompétence toxique, les partis politiques, les ministères, les conseils consultatifs, les administrations publiques et le reste. Ce reste-là qui n’est pas le moindre des rouages de l’infamie sans nom, que distille le régime marocain, depuis toujours, contre les amis de la liberté.

http://fr.lakome.com/index.php/politique/721-sahara-l-interieur-fait-sa-com

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Le terrorisme, cette invitation à la saloperie !

Saloperie !!

C’est le premier commentaire qui vient à l’esprit, à l’évocation de cet abominable attentat qui a endeuillé le marathon de Boston, mardi 16 avril.

L’Amérique pleure, une fois de plus, ses morts et ses estropiés et la vision du petit Martin, huit ans, fauché, dans les bras de son père, sur la ligne d’arrivée, reviendra longtemps hanter la mémoire des femmes et des hommes épris de paix.

L’attentat commis par deux frères tchétchènes, auxquels les États-Unis ont accordé l’asile politique en 2003, s’est chargée de rappeler aux américains, dont l’écrasante majorité ignoraient jusqu’à son existence, le souvenir de la Tchétchènie qui fut ravagée par le plus sanglant des conflits qu’ait connu le Caucase, parce que Moscou voulait y faire régner sa « Pax Russiana ». Mais, que le sang d’un seul  innocent coule et la plus belle des causes est, à tout jamais, entachée d’ignominie !

Si les frères Tsarnaev ont agi en tchétchènes, on retiendra que c’est, une fois de plus, l’Islam qui se trouve en première ligne du carnage. Cet autre Islam, violent, haineux qui enlève,torture, ampute et tue sans scrupule. Un Islam réfractaire à toute logique, prêché par des obscurantistes et colporté par des ignorants.

La Tchétchènie a perdu en cette matinée d’Avril 2013, son honneur et  l’Islam sa raison, par la faute de deux imbéciles qui ont osé poignarder, dans le dos, le pays qui leur a donné une chance de refaire leur vie, dans la liberté et la dignité.

Mais peu importe les auteurs, peu importe la cause qu’ils prétendent défendre et les commanditaires éventuels de l’attentat. La seule idée que l’on puisse délibérément,administrer la mort à un innocent,  est,en soi, insupportable.

En cela, le terrorisme est une invitation à la saloperie. Il s’apparente à une forme de dictature, car tout comme le tyran, il s’attaque aux libertés qui fondent la vie de la cité, comme celle d’aller et venir et de se réunir, histoire de les réduire à leur plus simple expression. En semant la mort et la désolation autour de lui,  en distillant l’épouvante, le terroriste porte atteinte à la paix civile et génère dans l’imaginaire collectif, une insupportable paranoïa, qui vous fait prêter,à votre voisin immédiat,  le délit d’intention criminelle.

Et tout comme la tyrannie également, le terrorisme est l’apanage d’une minorité, imbue de vengeance, de haine et de détestation pour ceux de ses contemporains, qui ne partagent pas ses convictions, qu’elles soient politiques, idéologiques ou confessionnelles.

 

Aujourd’hui,  nous sommes tous bostoniens. Comme nous fumes parisiens le 25 juillet 1995, new-yorkais,  le 11 septembre 2001, ou madrilènes, le 11 mars 2004 et qu’il soit le fait d’individus isolés, de groupuscules violents, de mouvements de libération ou d’Etats constitués, le terrorisme est la pire manifestation de la cruauté, et un acte d’une lâcheté inqualifiable.

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France, où sont passés Tes « Lumières » d’antan ?

Les promoteurs de l’accueil réservé à François Hollande l’avaient  probablement oublié ou pire, l’ignoraient tout simplement, mais c’est au pied d’un immeuble baptisé « Liberté », qui toise de ses soixante-dix huit mètres, l’Avenue Zerktouni, que Casablanca a reçu le Président et sa compagne. Comme un mémorial pharaonique, ou une pierre tombale titanesque, veillant sur un géant, mort au champ d’honneur, l’ouvrage,avant-gardiste pour son époque, est impressionnant parce qu’il témoigne combien le colonialisme  français se sentit chez lui, dans notre pays, au point qu’il embastilla, tortura et tua tant des nôtres, pour tenter d’y rester.

Comme une cruelle parabole donc, la cérémonie de ce 3 avril, est passée sur le corps de Zerktouni, profanant au passage sa pierre tombale, de ses drapeaux, tendus sur sa façade.  Encore plus cruel, le représentant du colonialisme que l’on accueillait, ce jour-là,n’était rien moins que le représentant de cette gauche française qui pousse des cris d’orfraie, quand la droite pactise honteusement avec le diable, mais fourbit  les cornes de ce dernier, et lustre ses sabots, dès lors qu’elle se met aux commandes du pays. Alors, on se souviendra de cette journée, et de la suivante, comme d’une infamie à mettre au compte de la défunte patrie des lumières !

Une monumentale bouffonnerie, pour mieux affirmer la vassalité de notre pays, à son Maître et qui a débuté par cette ridicule cavalcade où la garde royale, affublée de ses costumes commandés aux stylistes français par un Lyautey, en mal d’orientalisme, a tenté,jusqu’à l’absurde, de singer la garde présidentielle française, en ouvrant et fermant la route à  la limousine blindée,à travers quelques ruelles liftées pour l’occasion.

Mais, tout le monde vous le dira, à la copie, le commun des mortels, préfère l’original et tant qu’à se fourvoyer, les promoteurs de ce « Barnum » auraient mieux fait de visionner quelques images de la cavalerie française, dont les montures,de magnifiques selles français, sont impressionnants de stature, leur allure n’ayant  rien à envier à ces chevaux arabes, aux épaules étroites qui offrirent leur croupe famélique à la vue décès visiteurs d’un jour. Ca les aurait sans doute incité à plus de retenue et de prudence protocolaire, d’autant que l’Hexagone ne s’est jamais donné autant de peine, pour recevoir nos représentants.

Il a fallu plusieurs jours de mobilisation, des tonnes de peinture, des centaines de milliers de dirhams, qui feront défaut ailleurs. Mais par-dessus tout,  les autorités ont déployé des trésors de persuasion, d’intimidation, ou de menaces du voisinage, pour que celui-ci obtempère et participe de cette mascarade, à son corps défendant, qui, en acceptant quel’on tendît des drapeaux gigantesques, devant son balcon, qui, en retouchant la peinture, de ses propres deniers et enfin qui, en admettant de vivre reclus,à  l’ombre de volets clos, le temps de la cérémonie.

Détail cocasse, tous ces tapis souillés par les roues de voitures et foulés au pied, ont occulté le travail titanesque accompli, les jours précédents par une armée d’ouvriers, acharnés à lifter le rond point et dessiner les lignes de pré sélection que personne n’aura vues. Tout ça pour ça !

François Hollande ne verra  jamais les autres ruelles,oubliées de tous et où s’entassent les damnés de la terre et où jamais un seul coup de pinceau ne passera, où la misère, le chômage et le désespoir  emportent tant de destins, comme le ruisseau,la vermine.  Il a oublié d’en faire état,dans ses allocutions, parce qu’il n’ignore point que la France  qui a fait semblant de quitter le Maroc, se rend complice, depuis plus de cinq décennies, des pillages qui ont appauvri ce pays et  ruiné tant de ses habitants. Il a également gommé de son discours dans l’hémicycle marocain,  jusqu’à cette allusion, pourtant bien fugace,aux droits de l’homme,  comme prix exorbitant de l’implication de son pays, dans la manne économique marocaine.

Rentré chez lui, le leader socialiste pourra, de nouveau, tirer des plans sur la comète et des prévisions de croissance revues à la hausse, tandis qu’au pays du Couchant., on n’en finit plus de s’interroger où est passée la gauche française et toutes ces idées de lumière qui ont bercé notre enfance de rêves de liberté, d’égalité et de fraternité dont les salles de classe de France, de Navarre et même d’ailleurs, continuent de résonner, en pure perte !

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François Hollande au Maroc: plutôt les affaires que les Droits de l’homme !

C’est un Président sévèrement diminué politiquement, qui s’apprête à se rendre en visite d’Etat au Maroc, les 3 et 4 avril.

Dévasté par les aveux tardifs hier, de son ministre du budget, Jérôme Cahuzac, qui a finalement admis avoir possédé un compte bancaire suisse, le Président français n’avait pas besoin de ça, lui qui bat des records d’impopularité dans les sondages, depuis le début. Il a encore perdu cinq points, cette semaine, pour s’établir à trente six pour cent (36%) d’opinions favorables. Sa dernière prestation sur la deuxième chaîne française, n’y a rien changé. Peu ou prou de ses compatriotes ont été convaincus de sa capacité à relancer la machine de la croissance et résoudre le problème du chômage. Trente deux pour cent (32%) seulement,  d’entre eux l’ont trouvé «convaincant» et trente pour cent (30%) à le trouver «rassurant».  En outre, neuf (9) chefs d’entreprises français sur dix (10) interrogés, lors d’un sondage, ont  déclaré n’être pas confiants, dans un redressement prochain de l’économie, tandis que l’INSEE prévoit une croissance quasi nulle, pour l’économie française, au moins jusqu’à la fin du mois de juin.

Susceptibilité marocaine et « Minauderie protocolaire »

C’est dans ce contexte de morosité qu’a lieu la visite. Une visite très courte, au regard des enjeux et de la forte délégation qui accompagnera le chef de l’Etat français. Elle tranche nettement, avec celles de ses prédécesseurs, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy, dont les liens avec ce pays du Maghreb, à l’instar de bon nombres de politiciens français,  débordent du cadre purement  diplomatique. Chirac avait ses habitudes au Palais des hôtes de Rabat et à « La gazelle d’or », à Taroudant, avant que son état de santé, qui s’est fortement dégradé, ne le contraigne à réduire tous ses déplacements.

Nicolas sarkozy a, quant à lui, fait l’acquisition d’un Riad de luxe, en guise de résidence secondaire, à Marrakech, peu avant son élimination à la présidentielle française. Un rude coup pour le Maroc qui avait misé à fond, sur le candidat UMP.

Le président socialiste a choisi le haut de gamme des visites, à un moment où la France à bout de souffle économique,  se cherche un bol d’air, en dynamisant les relations avec la rive sud de la méditerranée. Les appels du pied et les panégyriques des responsables français, à l’endroit du Maroc se sont multipliés, au cours des mois qui ont suivi les élections, d’autant que la première visite présidentielle aura été pour l’Algérie, où François Hollande s’était déjà rendu en mars 2012, alors qu’il n’était encore que candidat et promettait d’y  revenir s’il était élu.

Pour qui connaît la susceptibilité du protocole marocain, la priorité donnée au frère ennemi, était une égratignure. L’Elysée avait bien tenté de donner des gages, en envoyant son premier ministre en visite, rien n’y a fait. Comme il fallait s’y attendre, le palais ne s’est pas privé de rendre la politesse, sous la forme d’une « minauderie protocolaire » qui a choisi de faire passer l’hôte français, après le déplacement africain de Mohamed VI, au Sénégal, en Côte d’ivoire et au Gabon. Un déplacement dans le pré carré traditionnel marocain en Afrique qui ne revêtait ni un caractère d’urgence, ni une importance vitale, sinon pour les affaires personnelles du roi, dans les domaines des banques, des mines, des télécommunications ou encore de l’immobilier. Un timing soigneusement choisi, également, pour éviter au roi, d’avoir à accueillir Christopher Ross,  l’Envoyé Personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara, en tournée dans la région. Fait notable, la visite du souverain marocain qui aurait du passer comme lettre à la poste, a eu à pâtir d’une autre susceptibilité protocolaire du palais, « ennuyé » que les gabonais aient annoncé la visite royale, avant les médias officiels marocains.

Le Maroc arrière-cour de l’économie française

Avec la quasi totalité des entreprises du Cac 40 représentées sur place, des échanges commerciaux dépassant les vingt-deux (22) milliards et plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements, on peut dire que le Maroc est l’arrière-cour ou le prolongement naturel du tissus économique français.

Le Président qui compte prononcer un discours devant le parlement marocain au cours d’une session extraordinaire, tiendra sans doute compte de ce postulat et se gardera de franchir le Rubicon, en abordant les sujets qui fâchent, tels que les droits de l’homme, que la France préfère voir comme un verre à moitié plein, bien que le Maroc se retrouve pointé du doigt de toutes parts pour la rudesse de sa répression du « Mouvement du Vingt février » et les procès fabriqués contre ses militants. Autre point noir et non des moindres, le pays du couchant est également sur la sellette au Sahara occidental où ses forces de sécurité, tous uniformes confondus, se livrent à une chasse impitoyable aux indépendantistes. Des images volées circulent sur la toile et montrent, en effet, des hommes sévèrement battus, à Laayoune, par des policiers en civil et qui n’ont pas hésité à s’en prendre également aux femmes sahraouies et à leur intimité, leur arrachant voile et  vêtements et les menaçant de viol collectif.

La grogne en embuscade

Comme un mauvais présage, la visite du représentant français dans la capitale économique marocaine, démarre dans la colère et la détestation populaire, les autorités de la ville ayant jugé nécessaire de délocaliser au stade El Abdi, d’une capacité de quinze mille (15.000) places dans la ville d’El Jadida, distante de plus de cent kilomètres, le match qui devait opposer le Raja de Casablanca, aux koweitiens d’Al Arabi, au stade Mohamed V, d’une capacité de soixante mille (67.000) places,  mercredi à vingt heures.

beaucoup plus préoccupant pour la vitrine du Maroc, cette visite intervient dans un contexte où l’agitation sociale reprend, de plus belle, au moment où le gouvernement Benkirane semble avoir atteint ses limites, face à l’ampleur de la tâche et à l’omnipotence du Palais. Les promesses de justice sociale, de lutte contre la corruption, d’indépendance de la justice sont restées lettre morte.

Transparency International a classé, pour l’année 2012, le Maroc au quatre-vingt huitième (88) rang sur cent soixante-seize (176) pays, avec un indice de perception de la corruption (IPC) de trente sept (37) sur cent (100). Les autres indices flirtent toujours avec la médiocrité comme celui de la compétitivité défini par le Forum économique mondial qui classe notre pays en soixante-dixième (70) position sur cent quarante deux (142) pays. L’indépendance du système judiciaire fait pire, le royaume se classant, selon le Forum économique mondial, à la quatre-vingtième (80) place sur cent quarante deux (142) pour  2011-2012.

Le chômage des jeunes diplômés et la crise économique qui touche également le royaume entretiennent un fond diffus de grogne sociale qui menace de mettre, à tout moment, le feu aux poudres. La forme sporadique de grèves, de sit-ins et de manifestations, semble reprendre de la vigueur, après le moment de grâce ayant suivi les élections qui ont porté le PJD au pouvoir et Benkirane à la chefferie du gouvernement. La manifestation unitaire syndicale qui a eu lieu ce dimanche 31 mars à Rabat, a regroupé un arc-en-ciel d’organisations, de mouvements et de partis politiques vent debout contre les mesures d’austérité appliquées par le gouvernement marocain. Le nombre des manifestants témoigne de l’ampleur des revendications et de la détestation croissante des méthodes d’un Benkirane personnellement conspué par la foule.

Plutôt les affaires que les droits de l’homme

Sur tout cela, François Hollande fermera sans doute les yeux, préférant parler économie. Les soixante-dix patrons français qui font le déplacement en même temps que le  Président, tenteront de refaire le retard accumulé par l’Hexagone sur l’Espagne qui lui a pris la moitié des parts du marché marocain. La dizaine d’accords prévus porteront sur l’agro-alimentaire, mais surtout sur les énergies renouvelables. La France, qui compte réaliser le TGV, tant décrié par la société civile marocaine, ne cache pas son ambition de remporter la deuxième tranche de la centrale solaire de Ouarzazate, et de réaliser et gérer  le plus grand parc éolien à Tarfaya, d’une puissance de trois cents (300) mégawatts, pour un coût de cinq cents millions (500.000.000) d’euros.

Enfin, Paris qui ne peut se permettre de s’aliéner ses propres écologistes,  lorgne avec un intérêt non dissimulé, sur le programme marocain de plus en plus contesté, comme un fait du Prince, de la prospection et de l’exploitation éventuelle du gaz de schiste, une source d’énergie dont on sait qu’elle pourrait polluer irrémédiablement, la nappe phréatique dans un pays qui manque souvent cruellement d’eau.

Rien de spectaculaire, ni de particulier ne sortira donc de la visite présidentielle, sous les auspices de la crise économique la plus grave que le monde ait eu à affronter depuis 1929, sinon à confirmer, une fois de plus, que la France, reste une fidèle adepte de la Realpolitik. Et qu’elle soit de droite ou de gauche, elle affectionne de parler plutôt affaires, que Droits de l’homme !

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Mouad et Younes, ces deux frères que j’aurais tellement voulu avoir !

Une porte de prison s’est ouverte, ce vendredi 29 mars 2013, à zéro heure et dix minutes, sur deux hommes.

L’un est un chanteur de rap contestataire, Mouad belghouat, l’autre, un  poète surdoué, Younes Belkhdim. Ils ont exécuté la totalité de leur peine. Un an pour le premier, huit mois pour le second. Jour pour jour, heure pour heure.

Pour un  pays qui se targue de grandir les âmes, rien n’est plus paradoxal et hideux que d’y voir régner cette insoutenable injustice, qui ne fait grâce de rien à ceux qui apportent la contradiction au régime. Ni d’une journée de prison, ni d’un casier judiciaire, qu’on aura pris soin de charger jusqu’à la gueule, d’infamie, histoire de salir et de nier l’existence de prisonniers politiques, pendant que les délinquants et les criminels, se pavanent dans les palaces et roulent carrosse.

Hier encore, on accordait à Khalid Alioua, auteur présumé de détournements de fonds et dilapidation des deniers publics, la liberté provisoire que l’on avait systématiquement refusée aux deux artistes. Hier encore, Yasmina Baddou et son époux Ali Fassi-Fihri, dont un faisceau concordant d’indices, laisse supposer qu’ils auraient fait l’acquisition de deux appartements luxueux à paris, en totale infraction à la législation des changes, avec, de surcroît des fonds aux origines pour le moins douteuses, sinon délictueuses, se sont vus proposer un arrangement à minima,  par l’office des changes, au lieu de venir s’expliquer devant un juge.

Mais au-delà de ce constat d’injustice criarde, quelle magnifique allégorie et quelle belle revanche que deux poètes, autodidactes, incarnent ainsi, un militantisme déterminé, contre un régime qui a prémédité la destruction de l’éducation nationale, pour mieux ourdir un analphabétisme de masse.

Toutes les dictatures ont cédé à cet irrépressible besoin génétique, de s’en prendre aux artistes, ces penseurs qui, depuis des temps immémoriaux les ont tournés en dérision, et dénoncé leurs travers et  leurs vicissitudes. Il en va de la tyrannie du Makhzen, comme de toutes les autres tyrannies. Elles vivent, prospèrent et meurent de leurs ignominies, avant d’être balayées par l’Histoire, tandis que ceux qu’elles ont agonis de leurs crimes, continuent, longtemps après leur disparition, à façonner la pensée de leurs semblables et en inspirer la lutte. Et tant pis pour la dictature marocaine, si son acharnement proverbial fit un jour, rentrer dans l’Histoire, deux poètes de la trempe de Mouad et Younès.

L’histoire retiendra de cette journée de vendredi, que le Makhzen n’aura pas dérogé à la règle d’or qu’il s’est fixé de ne jamais officier que dans l’ombre. C’est même à cela qu’on reconnaît sa « patte », cette empreinte ignoble !  On connaissait sa préférence pour les procès fabriqués, les verdicts subreptices, les enlèvements nocturnes, la torture dans de sombres culs de basse-fosse et les meurtres souterrains. Le tout, administré par des gangsters encagoulés, afin que jamais leurs victimes ne puissent un jour, les désigner à la vindicte de la justice, des fois que celle-ci renouerait avec son impartialité et son honneur perdu.  Voilà qu’à présent, « ils » se mettent  à libérer nuitamment les militants. En catimini, en loucedé ! Après ça, il s’en trouvera toujours un, parmi les représentants du ministère public, du gouvernement  ou des Droits de l’hommes, pour venir nous expliquer, toute honte bue,  qu’une journée s’achevant à minuit, les deux artistes ont vu leur peine s’éteindre à cette heure-là, d’où cette libération aux premières heures du jour.

L’histoire retiendra également, que le premier fait d’arme notable de Benkirane et sans doute le plus marquant de son misérable mandat, aura été de se faire la main sur les militants du "Vingt février" et les indignés de tous bords, de « Tanger à Lagouira », selon l’expression consacrée, alors même qu’il déclarait, en pleine campagne électorale, comprendre que l’on puisse exprimer son indignation face à l’injustice.   

Si les démocrates se réjouissent de la libération des deux militants, il n’en demeure pas moins, que, comme l’a si bien souligné Mouad, dans sa conférence de presse, subir une année de  prison n’est pas anodin.

Alors, vous, les frères que j’aurais tant voulu avoir, si vous décidiez de vous taire, pour un moment, fût-il long, je le comprendrais, parce que tant des nôtres se sont tus, lorsqu’on vous traînait menottés, dans la saleté répugnante, d’un cachot à l’autre, sous la menace, les insultes et les coups.

Et si vous choisissiez de ne plus jamais nous entendre, je respecterais également cette volonté, parce que tant des nôtres ont fait semblant de ne rien entendre des cris de vos souffrances, dans les geôles de Pharaon. 

Enfin, même si vos harangues sur la place publique ou sur la toile nous manqueront, longtemps, après que vous vous soyez tus, vos poèmes et vos chansons continueront de courir encore dans les rues et hanter les tyrans.

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Am, Stram, Gram !

J’ignore si vous avez quelques réminiscences de votre plus tendre jeunesse. Pour ma part, petit garçon, j’imaginais le monde des adultes peuplé de « bon pères de famille ». Des gens sérieux, travailleurs, intègres, honnêtes et dignes ! Il ne pouvait en être autrement, dans mon esprit où s’étaient enracinés les fondamentaux inculqués par le triumvirat famille, école, sport.

Famille mise à part, l’école, comme la compétition sportive fut un extraordinaire champ d’expérimentation de la vie sociale. On y percevait déjà les bribes de ce que chacun d’entre nous allait devenir. Il y avait les sages, les excités. Les timides, les effrontés. Les courageux, les lâches. Les surdoués, les maladroits. Les travailleurs et les paresseux.

Je me souviens que les pires de tous étaient les flagorneurs, ceux que le langage populaire appelle communément les fayots, les cireurs de bottes. Encore que le respect que je dois à cette catégorie professionnelle honnête et besogneuse, m’interdit de l’associer aux premiers.

Les fayots, un genre honni de tous, y compris par l’objet même de leur admiration, le maître d’école, le coach ou le gros bras de service, lesquels, sans doute conscients de leur capacité de nuisance, surmontaient l’aversion qu’ils leur inspiraient et les gardaient sous le coude. Ils étaient capables du pire : vous trahir, vous dénoncer, tricher sur un point décisif ou encore se ranger aux côté du plus fort pour vous humilier, vous battre comme plâtre ou vous arracher votre « quatre heures ».

En grandissant, je compris pourquoi tant de mes compatriotes avaient renoncé à la politique, dégoûtés par le spectacle puérile du microcosme politique marocain qui s’était mis à ressembler à ce que je viens d’énoncer plus haut : une cour de récréation.

Petit flash-back. Souvenez-vous de la photo de classe, le jour de la nomination du gouvernement actuel. Une véritable foire d’empoignes, immortalisée par le regard froid des caméras. Elle  avait opposé les ailiers pour leur éviter la relégation au deuxième rang et leur permettre de se rapprocher le plus possible du centre, objet de toutes les convoitises. Bassima Hakaoui, en avait fait les frais. Elle avait proprement disparu, préférant s’effacer, face à la puissante offensive d’un Benabdallah déterminé, au guidon de sa moustache et de son légendaire opportunisme et celui de ses collègues,  jouant misérablement des coudes et des épaules.

Des écoliers  auraient eu plus de considération pour une camarade féminine et un extraterrestre qui aurait assisté à cette bataille de chiffonniers, pour une dérisoire place au premier rang, aurait tout compris de nos hommes politiques et de la suite dont elle augurait. Avec Benabdallah et les siens, ces drôles de gauchistes, dont une malformation congénitale avait placé le cœur à l’extrême-droite et les a fait depuis toujours, loucher sur la dictature, Comme Chimène sur Rodrigue (1). On croyait alors, avoir tout vu des trajectoires de la compromission et de la honte. « Changer les choses de l’intérieur »  prétextaient-ils, pour expliquer l’inexplicable.

Avec le PJD, nous avons droit à un remake de l’insupportable. Le même leitmotiv décliné à la mode barbue. Les déclarations se suivent et se ressemblent, les signes de la courtisanerie aussi. Comme ce ministre de la santé publique, absent ou atone, lorsque la mort qui rôdait à Anfgou ou ailleurs, commandait sa présence, auprès des familles des victimes et qui se montre soudain si présent et si obséquieux qu’il en devient lourd et envahissant, dès lors qu’il s’agit du lancement d’un plan national des urgences médicales , en présence du chef de l’Etat. Un moment pitoyable où notre homme affiche en tête de liste des motivations ayant poussé son département à réaliser le projet en question, les instructions de Sa Majesté. Par la grâce du fayotage,  et de la flagornerie, voilà les souffrances de nos compatriotes, les besoins de la population,  la programmation des réalisations et la loi de finance, passés à la trappe. Souvenez-vous, le cancre de la classe, n’agissait pas autrement, lorsque convoqué au tableau,  il  encensait le maître pour lui faire oublier ses lacunes.

Et lorsque notre chef du gouvernement reçoit la presse étrangère, avec un décorum à la gloire du roi, dressé pour la circonstance, derrière lui,  et qu’il entame ses réponses si indigentes, avec « je vais vous dire », ou encore « écoutez », on s’attendrait presque à l’entendre prononcer le fameux « Plouf », annonciateur du rituel de notre enfance « Am, stram, gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am, stram, gram ».

Soixante trois (63)  fois, il aura prononcé  « Sa majesté », pour expliquer à Isabelle Mandraud (Le Monde), Bruno Daroux (RFI) et Xavier Lambrechts (TV5)  interloqués, qu’il n’a aucun pouvoir et qu’il ne sait rien d’autre que ce qu’on voudrait bien lui dire de ce Maroc, dont il est pourtant supposé conduire les affaires. Même lorsque notre ami fait mine d’endosser un soupçon de responsabilité, comme sur l’affaire du Mali, le courage ne l’étouffe pas puisqu’il s’empresse aussitôt de désigner le chef de l’Etat, dans le but de ne pas heurter l’aile extrémiste de son mouvement, farouchement opposée à l’aventure malienne : « Ce n’est pas moi, c’est l’autre…..! »

Et comme toute indigence de la réflexion ou des neurones s’accompagne le plus souvent de brutalités ou de menaces à peine voilées, notre homme, revanchard, reprend du poil de la bête, dès lors qu’il s’agit d’affronter la presse marocaine complaisante ou ses collègues du parlement. Le plus souvent en faisant assaut  de hurlements, de froncements de sourcils et de sous-entendus vengeurs.

Ainsi va la vie dans la plus belle récréation du monde, en attendant que retentisse la cloche qui renverra tout ce petit monde à ses études.

(1)  Le Cid de Corneille

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