La monarchie marocaine, ce vecteur de la contamination

Hassan II jouant du tambourin

On s’interroge bien souvent sur les raisons qui font de notre pays, l’antre de la triche, de l’escroquerie et de la corruption. Des comportements indignes qu’on observe bien évidemment dans tous les pays du monde et qui trouvent leur origine dans la nature même de l’être humain, lorsqu’il cède aux sirènes de la cupidité et de l’argent facile.  Mais au Maroc, le  phénomène s’est fait  pandémie. Rien, ni personne  n’y échappe plus ; ni écoles, ni universités, ni hôpitaux, ni administrations, ni politiques…….

Aux origines du fléau, la méthode Hassan II

Pour comprendre une grande part du phénomène, il faut remonter aux années soixante-dix, en ce fameux jour de l’été 1972, lorsque après avoir échappé au second coup d’Etat, Hassan II réunit ses officiers, pour leur conseiller « de faire de l’argent, pas de la politique ». L’homme ne se doutait pas que ce qui relevait jusqu’alors de l’épiphénomène de la corruption et de l’artisanat de la fraude, allait se transformer en épidémie. Et pour mieux s’assurer de la docilité des plus timorés et/ou  des moins affairistes de ses collaborateurs qu’ils furent proches ou lointains, le dictateur les « soumit » par la rente. « On ne refuse pas un cadeau de Sa Majesté ! » avait l’habitude de prévenir l’entourage royal. Une menace à peine voilée pour ceux qui étaient plutôt tentés d’écarter le piège de la corruption.

Dans un livre collectif  intitulé « Transmettre », Céline AlvarezChrisophe AndréCatherine GuéguenMatthieu RicardFrédéric LenoirIlios KotsouCaroline Lesire, expliquent les mécanismes de la transmission. Celle-ci étant au cœur même de la condition humaine, elle  se fait par un lien; du parent vers l’enfant, de l’enseignant vers l’élève……… Les auteurs parlent alors d’une transmission  verticale, mais  évoquent également une transmission horizontale.

Au micro de Mathieu Vidard, de France Inter, Ilios Kotsou, l’un des co-auteurs, s’appuyant sur des études scientifiques, cite l’exemple de l’élève qui,  en voyant un autre tricher, augmente considérablement ses chances de se transformer, à son tour,  en tricheur. Le premier producteur de la délinquance, poursuit l’auteur,  est le niveau de délinquance de l’entourage. Il appelle cela la « transmission négative », une sorte de contamination.

Plutôt l’opportunisme, que le Patriotisme, plutôt la rente que la Musique

Ainsi,  l’on entend un peu mieux que lorsque la plus haute autorité du pays,  donne en 1972, le signal de la curée, il faut évidemment s’attendre au pire, doublé d’une totale impunité. Particulièrement lorsque l’on sait que le défunt despote ne s’est pas arrêté aux militaires. Il en a fait de même avec les politiciens, encourageant leur vénalité et leurs appétits les plus sombres, au détriment du patriotisme le plus élémentaire.

Exilé à Paris, Driss Basri a si bien narré  la méthode Hassan II,  le 7 mars 2005,  dans l’interview intitulée « L’exil et le Royaume »,  qu’il avait alors accordée à François Soudan,  de Jeune Afrique.  Le Vizir déchu y expliquait  comment il avait reçu une ferme de deux-cent vingt (220) hectares,  à six kilomètres de Mohammedia, au lieu-dit « La Gazelle », des mains mêmes d’Hassan II,  avant qu’une fois dépouillé de tous ses titres, puis déboulonné par Mohammed VI,  il vit son eau potable coupée et la facture réclamée par les services concernés.

Tous ceux qui, de près ou de loin, ont approché le monarque,  ont goûté à ses « bienfaits » empoisonnés. Même les groupes musicaux,  des années 1970 n’ont pas échappé à la règle. Un temps emprisonnés, pour leurs textes engagés,  les artistes succombèrent au chant du dirham et au pourrissement  de la rente. Enveloppes faciles, terrains à bâtir, appartements, villas, agréments de transports, prise en charge des frais médicaux, pèlerinage tous frais payés à La Mecque…….Le  Maroc devint l’antre des panégyristes. On vint même de très loin chanter les louanges du dictateur. Plutôt l’argent que la Musique. Plutôt la rente que l’engagement.

L’adage en vogue disait alors: « Osez tout………..volez, mentez, tuez, mais oubliez la politique ». La survie du despote était à ce prix.

Le cerveau, cette éponge à triche

Tout se transmet, affirment les études scientifiques, l’homme étant, par nature, sensible à son environnement. Entendue à son tour par Mathieu Vidard, Céline Alvarez explique que dans le phénomène de « transmission informelle », l’homme est soumis au processus de la plasticité cérébrale. Le cerveau, tel une éponge, va engrammer toutes les expériences, sans que l’on ne puisse jamais y échapper. Soumis de manière répétitive à un environnement défavorable, l’homme aura beau tenter de s’en défaire, il n’aura d’autre alternative que celle de l’encoder,  de l’intégrer et de le reproduire.

Comment dès lors, ne pas imaginer que l’exemple descende « d’en haut », du plus grand au plus petit, pour contaminer toute la société. Et comment, en effet, inculquer et dispenser l’exemple de probité de civisme et d’honnêteté aux subalternes, aux proches, à sa famille, à sa progéniture, lorsqu’on en est soi-même dépourvu ?

Le Général, en lieu et place de commander une armée, se transforme en fermier ou en pêcheur hauturier, faisant de ses infortunés trouffions, des serfs propres à répandre le fumier, dans les champs ou charrier les kilomètres de filets  gorgés de poisson destiné aux marchés européens.

Il ne reste aux officiers subalternes, aux hommes de troupe ou aux petits  fonctionnaires contaminés,  plus qu’à se lancer  dans une quête éperdue de l’argent facile, à coup de magouilles, de trafics, de détournements, de vols et de corruption.

Dans les administrations, le petit fonctionnaire qui voit ses chefs s’enrichir de façon exponentielle et en toute impunité, rançonne le citoyen en mal de document officiel ou entreprenant la moindre démarche administrative.

Et dans ce climat délétère, d’où a totalement disparu toute morale ou exemplarité,  la transmission négative finit par gagner les plus jeunes, écoliers, lycéens, étudiants,  tous tentés par la triche et la réussite sans effort.

La dictature,  vecteur d’inintelligence et de brutalité

Naturellement, les auteurs en viennent à évoquer la « transmission positive ». Céline Alvarez dit des  environnements où règnent la confiance, la bienveillance et la chaleur humaine, qu’ils sont propices au développement de l’intelligence humaine qui peut alors donner le meilleur d’elle-même.

A contrario, on peut donc  sereinement en conclure que les régimes despotiques ne produisent qu’inintelligence, brutalité et obscurantisme, comme le régime du Makhzen. Le marocain aura donc naturellement tendance à reproduire à l’identique les méthodes infâmes et cruelles qui lui sont appliquées par les autorités de son pays. Mais comme par un juste retour de bâton,  le tourmenteur principal n’échappera pas non plus à cette règle implacable. Rarement, despotisme rime avec intelligence.

mujica à l'hôpital

« Pepe » Mujica, le Président uruguayen attendant son tour à l’hôpital public

L’auteure poursuit, citant Alvaro Mujica, l’ex-Président de l’Uruguay jusqu’en 2015. L’ancien Tupamaros qui avait passé treize (13)  longues années dans les geôles du régime uruguayen,  avait refusé d’habiter dans le palais présidentiel, reversant quatre-vingt-dix pour cent (90%) de son salaire aux plus pauvres et préférant le titre d’agriculteur à celui de Président..

L’antithèse d’un Hassan II  ou de son successeur, Mohammed VI, huitième roi le plus riche du monde, à force de captation des richesses du pays.

C’est là, toute la sordide réalité de notre pays et  l’histoire de la gangrène qui le ronge et qui nous vaut d’exporter des escrocs à la petite semaine, des petites frappes et de grands criminels. Le plus beau pays du monde, contaminé par la truanderie venue d’en haut, ne pouvait en effet, plus rien donner d’autre que ce que lui a concocté le régime despotique, corrompu et corrupteur du Makhzen, depuis plusieurs décennies !

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La guerre perdue du Makhzen, au Rif

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Il restera de cette année 2017, lorsque nous en aurons tourné la page ultime, le souvenir d’une année noire, pour le Maroc en général. Et pour le Rif, en particulier. Ce n’est hélas pas une première, cette région étant passée du joug du colonialisme espagnol à celui du Makhzen, dont on sait les méthodes et les pratiques.

Nasser Zefzafi et ses compagnons avaient, en effet,  osé l’impensable, interpeller directement le roi sur l’ostracisme que la région subit depuis toujours, de la part de l’administration centrale, quand d’autres, au fond du désespoir,  adressent des vivats insupportables au  premier de leurs tourmenteurs !!

Étrangement, en cette année de disgrâce,  lorsqu’il s’est agi d’opprimer, il ne fut plus question d’isolement, ni d’enclavement, ni de manque de moyens, le Makhzen trouvant  alors,  les ressources techniques et humaines,  afin de mettre le Rif, à un jet de grenade lacrymogène de Rabat.  On a même pu apprécier la dextérité avec laquelle les forces de l’ordre manipulaient les nouveaux équipements, comme les drones, afin d’espionner les manifestants ou coordonner leurs attaques contre eux. Des moyens techniques que l’on doit  au « savoir-faire………….reconnu dans le monde entier, pour régler des situations sécuritaires de ce type » de nos amis français.

Face à des manifestants pacifiques qualifiés par le régime d’émeutiers ou de séparatistes, le pouvoir marocain a déployé ses meilleurs répressifs : gendarmerie, police anti-émeutes, forces auxiliaires, sans oublier policiers en civil et supplétifs du désordre, les jeunesses royalistes. Ces derniers instrumentalisés comme voyous et casseurs avaient pour but de donner du crédit à la répression sauvage qui s’est alors abattue sur les véritables patriotes,  manifestant la détresse du peuple marocain, face à la misère et au dénuement.rifIl restera de cette année 2017, le souvenir d’une poignée de militants rifains courageux,  dont on a voulu taire le discours intelligent et bien construit. Si bien construit que le régime marocain y a lu la résurgence d’un nationalisme rifain,  imaginaire ou réel, qu’il croyait avoir enterré à tout jamais,  avec des décennies  d’une éducation abrutissante, de médias aux ordres,  et d’Imams du Makhzen. Ce serait oublier que ceux du Rif à qui on tournait le dos avaient  fini par regarder ailleurs plutôt vers le nord, pour y chercher les sources d’inspiration et d’espérance. Ils avaient simplement trouvé dans la tragédie qui les accablait, les ressorts de leur survie physique autant qu’intellectuelle. La parenté exilée en Europe et en Amérique, le surgissement de la parabole avec ses chaînes satellitaires, puis l’arrivée d’Internet, sans oublier le système D rifain, ont largement contribué à leur salut.

Autant le dire, le régime marocain a perdu la guerre du Rif en 2017, parce qu’il y a laissé toute crédibilité. Dans plusieurs quartiers d’Al-Hoceima, d’Imzouren, de Tamassint, les populations ont tourné en bourrique des policiers-voyous. Tantôt coupant à travers champs pour rejoindre les manifestations, tantôt abandonnant la rue, pour se réfugier en terrasses pour y conspuer les forces de l’ordre contraintes, par dépit ou par vocation de s’en prendre aux biens privés, faute de pouvoir casser du manifestant. Tantôt en entonnant des slogans et des concerts de casseroles dans la pénombre totale. Tantôt en affamant les policiers par des grèves générales, rideaux baissés…….

Il restera de cette année qui s’achève le souvenir d’un Makhzen défait et sans solution. Une déconvenue de plus pour un régime qui n’en finit plus de s’enfoncer dans l’ignominie. Il n’y a qu’à voir les réactions internationales et les manifestations de rue en Europe, pour se convaincre que le monde a compris ce qui gouverne le pays.

On ne gagne pas de batailles en emprisonnant les consciences, les cachots loin de les étouffer décuplent leur écho. Le régime marocain qui ne cesse d’innover, pense-t-on, chez les « Idées-courtes »,  expérimente des méthodes éculées, comme la punition collective. Celle des familles que l’on exténue à voyager,  à l’autre bout du pays pour visiter leurs enfants emprisonnées. Ou encore la mise au placard de quelques ministres,  dont on sait qu’ils n’ont jamais détenu la moindre parcelle de pouvoir. Des lampistes et/ou des faire-valoir à qui on demande de s’enrichir et se taire,  face aux infamies de la monarchie et de son clan. Le Makhzen expérimente même le fait de s’en prendre à présent à des enfants, les torturant, les condamnant à l’enfermement.

Et c’est même à considérer cette dernière saloperie, que nous vient cette conviction intime qu’il a définitivement perdu sa guerre contre le Rif !

 

 

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Tragi-comédie sur Léman

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Ali Lmrabet sur la place des Nations à Genève, peu avant le lancement de sa grève de la faim

 Ali Lmrabet_ Je ne cederai jamais

Lundi 15 juin, Club de la presse à Genève.

Là, au milieu de la végétation luxuriante d’un jardin bucolique, dans  une salle de conférence souterraine, il y avait sketch.  A l’initiative de son comité de soutien, Ali Lmrabet y donnait une conférence pour expliquer les circonstances dans lesquelles il s’est retrouvé sans papiers de légitimation autre qu’un passeport arrivant à échéance le 24 juin 2015. Les autorités marocaines refusant obstinément de lui délivrer un certificat de résidence,  le sésame qui déclenche le processus de confection de la Carte d’identité nationale et du passeport.  Le journaliste en a profité pour évoquer une décennie entière d’exactions qui lui ont été infligées par le régime marocain, après une condamnation à l’emprisonnement et une interdiction pour dix ans de l’exercice de la profession de journaliste.

N’était-ce la tragédie de cette vie-là, on se serait cru au « one man show » d’un quelconque humoriste.  Comme lorsque le journaliste  évoque sa convocation par le commissaire de police qui l’enjoint de restituer le fameux  certificat qu’il lui avait lui-même délivré quelques jours auparavant. Moment  de franche rigolade à l’évocation de l’index du fonctionnaire,  pointé au plafond pour désigner « le » véritable responsable de cette requête bizarre. Devant une assistance hilare, le journaliste mime la scène dans ses moindres détails, sourcils froncés, scrutant le plafond du club de la presse,  comme pour y débusquer le coupable. Et pour mieux pimenter son récit, il n’a pas hésité à user et abuser du bégaiement réel ou simulé dont il est coutumier et que cultivent savamment les plus grands humoristes, au ravissement de leur public.

A écouter l’homme disserter ainsi, avec autant de légèreté sur sa propre tragédie, on comprend un peu mieux,  qu’il  ait plutôt choisi la lorgnette de la satire,  pour faire du  journalisme.  Pas étonnant non plus, que son destin ait fini par rejoindre celui  de son plus fidèle ami, cet humoriste talentueux,  Ahmed Senoussi, alias « Bziz » que le régime marocain interdit de tout spectacle, depuis vingt-quatre ans et dont un rapport de l’organisation américaine de défense des droits de l’homme,  Human Rights Watch dit que  “C’est l’artiste le plus censuré du Maroc”.

Humour ou pas, Lmrabet fut implacable dans son réquisitoire, contre le régime, ce qui fit dire à un haut fonctionnaire international marocain qui l’a rencontré après la conférence :

  • « Il n’a pas une once de soumission, ni une bribe de compromission ! »

C’est le propre même des dictateurs de se mettre sciemment dans l’embarras.  Alors que la prudence commande au gouvernant  de ne rien entreprendre dont il ne connaisse les tenants et aboutissants et en prépare au préalable une sortie honorable,  le régime marocain s’est fait une spécialité de s’engluer dans d’inextricables imbroglios, frappant d’abord pour se poser la question de l’épilogue ensuite.  Un fait du Prince que Hassan II avait érigé en mode de gouvernance, comme lorsqu’il  avait entraîné son pays dans cette affaire du Sahara occidental, afin de faire oublier ses propres turpitudes.  Quarante ans plus tard, le pays qui traîne l’affaire comme un boulet,  n’en finit plus d’en payer le prix fort. Le Makhzen s’étant, quant à lui, résolu,  à toutes les compromissions et toutes les infamies,  pour faire oublier la sombre réalité  de ce dossier. Un temps, Hassan II s’en était également pris à l’un de ses opposants  les plus célèbres, un de plus, Abraham Serfaty,  emprisonné pendant dix-sept (17), avant que,  embarrassé par les proportions qu’avaient pris l’affaire, et la levée de boucliers qu’elle avait suscitée, il ne le fasse déchoir de sa nationalité marocaine et expulser du pays.

Hassan II disparu, les bourdes demeurent.  Mohammed VI n’est pas en reste. Et le cas Ali Lmrabet est une bourde de taille, puisqu’elle enfreint le service minimum prévu par la constitution, envers tout citoyen, la délivrance d’une pièce d’identité.  Elle en rappelle d’autres à mettre au compte de l’administration marocaine : Aminatou Haidar, l’activiste sahraouie, Nadia Yacine, Fondatrice et dirigeante de la branche féminine d’Al Adl Wal Ihsane et porte-parole du mouvement islamiste ou encore   Ali Anouzla, le directeur de l’édition arabophone du journal Lakome.  Les pourfendeurs d’Ali dans leur aveuglement coupable ont simplement  oublié qu’à moins de faire disparaître définitivement ce dernier dont on connaît l’obstination légendaire, ils  se condamnaient à le voir revenir à la charge, une fois sa peine accomplie. C’est chose faite !

Sur les bords du lac Léman, notre ami   qui a entamé une grève de la faim, hante les couloirs des organisations internationales où il a exporté sa cause. Il a, du même coup  réussi à faire entendre une autre version du Maroc  que celle que distillent les aficionados de Tagines, de Riads et d’enveloppes garnies. Les jours qui viennent seront sans doute synonymes d’un bras de fer que  l’homme est décidé à engager contre le régime marocain pour la reconnaissance de son droit légitime. Le Makhzen, de sinistre mémoire, mène là une bataille perdue d’avance.  Mais qui s’en étonnera, tant nos dirigeants semblent désormais disposés à encaisser  les pires camouflets et remettre aussitôt, toute honte bue, leur ouvrage sur le métier, pour d’autres déculottées ?

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« Mohammed Suisse » et le Quai des Bergues

Sans titre

En haut à gauche, le 37, Quai Wilson, ancien siège de HSBC Assett Mangement. En bas le 9/17 Quai des Bergues actuel siège du même département sur les bords du lac Léman.

Chez HSBC, on semble désormais croire, dur comme fer  à ce vieux dicton du bout du lac Léman, qui prétend qu’entre une banque et une banque, il  vient toujours s’en intercaler une troisième. D’autant que, il faut bien le reconnaître,  le 37 Quai Wilson, l’ancien Hôtel Bellevue, sur lequel la banque avait jeté, en première instance, son dévolu, ne faisait pas le poids en matière de discrétion, pour une entreprise qui avait décidé de s’affranchir des lois sur le blanchiment, histoire de ratisser aussi large que possible.

C’est donc tout naturellement au 9/17, Quai des Bergues, rien moins que cinq immeubles groupés face au lac Léman,  que la Hong Kong & Shanghai Banking Corporation a regroupé ses bureaux. Ici,  les clients « prestigieux » ne risquent de  croiser  ni foule, ni guichets, ni distributeurs automatiques de billets, mais des huissiers en tenue d’apparat. Il faut bien ça, en ces lieux où le marbre épouse dorures, stuc, bois précieux et moquettes profondes. Mais n’allez surtout pas imaginer croiser une quelconque vertu, dans ce luxe raffiné où la propreté frise l’asepsie. Car s’il faut en croire Swissleaks, les avocats marrons y introduisent les mafieux. Les gangsters y côtoient les directeurs de cabinets. Les trafiquants de drogue y croisent des chefs d’Etat. Et les rois y mettent leurs pas dans ceux des grands criminels.  Tout ce petit monde qui a depuis longtemps  perdu le goût du travail acharné et du salaire honnête, gagné à la sueur de son front  est uni par le même destin du fraudeur qui n’aspire qu’à dissimuler le butin de ses rapines.

Cette affaire du Quai des Bergues résonne comme un mauvais film. Il n’y a pas si longtemps, Mohammed VI dissertait sur le patriotisme et se faisait donneur de leçons. Il apparaît soudain sous son vrai jour. Son nom, flanqué de ceux d’un aréopage de proches de la monarchie et couché sur une  liste où figurent de vulgaires criminels de droit commun. Le plus sordide c’est d’imaginer les tractations ayant précédé l’ouverture des comptes bancaires, les négociations à propos des commissions de placement, les rétro-commissions aux intermédiaires véreux, les valises de cash transformées en valises diplomatiques, les faux passeports, les comptes numérotés à apprendre par cœur, les mots de passe à trouver, les prête-noms et tout le reste. Tout ce qui fait la différence entre les honnêtes gens et les autres. Entre les gouvernants vertueux et les crapules. Entre les hommes d’Etat et les malfrats. En un mot entre dignité et indignité.

Quel message envoie-t-on à ces millions de marocains chômeurs, à ces laissés pour compte, à ces sans-noms, quand le chef de l’Etat appauvrit son pays, pour enrichir des banquiers voyous ? Quel crédit donner à ce prétendu appel citoyen aux marocains de l’étranger, les invitant à rapatrier leurs devises, quand on sait que le chef de l’Etat, au demeurant milliardaire, ira jongler avec leurs dollars, leurs francs suisses et leurs Euros, dans les banques étrangères ?

Voilà pour le commentaire.

Sur les faits, on peut légitimement s’interroger sur les raisons qui ont poussé les autorités françaises à livrer en pâture, le nom du roi, de sa famille et de son entourage, alors qu’elles  ont jugé nécessaire de nettoyer la fameuse liste, de certains noms, avant de la transmettre à la presse hexagonale, comme le souligne si bien Eric de Montgolfier, ancien procureur à Nice et le premier à avoir récupéré le fichier, au lendemain de l’interpellation d’Hervé Falciani,  par la gendarmerie de Menton. Même si Paris continue de fermer les yeux sur les comptes détenus par Mohammed VI, dans les banques hexagonales et sur les biens mal acquis de ce dernier, sur son territoire, ou qu’elle décore le patron du contre-espionnage marocain, pour racheter la convocation de ce dernier par la justice française début 2014,  cet « oubli » trahit le peu d’estime en laquelle l’Hexagone semble désormais tenir le roi, dont il connaît tout de la cupidité et du peu de cas que celui-ci fait de la chose politique ou du respect de ses compatriotes.

On ne peut également s’empêcher de faire le lien entre cette divulgation et  le règlement éclair de la crise franco-marocaine, quoi qu’en disent les défenseurs du Client HSBC  numéro 5090190103 et leurs déclarations faussement triomphalistes qui voudraient faire croire que Rabat aurait gagné son bras de fer avec Paris. Le régime marocain a, en effet, pour habitude de mettre de l’eau dans son vin, avec ses alliés, chaque fois qu’une affaire met directement en cause la probité de la monarchie et menace de jeter le discrédit sur le premier intéressé, avec le risque toujours probable de dégradation d’un climat intérieur marocain déjà bien lourd.

Sait-on jamais, les voies de l’exil pourraient se faire impénétrables !

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Et soudain, l’horreur semble ne plus avoir de frontières

Les cons n'ont jamais eu le sens de l'humour et rarement  celui de l'honneurvictimes

La cavale des meurtriers de Charlie Hebdo s’est achevée comme elle avait commencé. Dans le crépitement des armes automatiques, l’odeur de la poudre et du sang. La tragédie avait pris naissance dans les locaux d’un journal. Elle a fini dans ceux d’une imprimerie. Comme un ultime pied-de-nez, un immense doigt d’honneur du dessin, de l’écriture, et de la pensée aux  » fous de Mahomet « , avant qu’ils ne passent de vie à trépas.

Quelques minutes avant de succomber aux  tirs des forces de l’ordre, Chérif Kouachi, interviewé par BFM TV,  s’était légitimé d’un code de l’honneur. Une bien étrange conception de l’honneur qui dicta aux tueurs d’achever un adversaire à terre, blessé et qui, de surcroît, demandait qu’on épargnât sa vie. Un code de l’honneur qui aura fait, en trois jours, dix-sept victimes innocentes, en comptant celles du supermarché casher, Porte de Vincennes.

Ils disaient vouloir venger le prophète. Ils l’ont assassiné. Ils disaient avoir tué Charlie. Ils l’ont rendu immortel. Ils ont fait pire. En fils indignes, ils ont commis un parricide, poignardant  leur mère-patrie, dans ce qu’elle avait de plus gaulois, la satire. S’ils avaient été contemporains des lumières, ces obscurantistes-là auraient assassiné MontesquieuVoltaire, Diderot ou Condorcet.

Et soudain, l’horreur semble ne plus avoir de frontières. Elle s’est cruellement rappelée à nous,  pendant les soixante-douze heures qu’ont duré les abominations et la traque des assassins. La peste islamiste a  fini par nous rattraper, ses exactions ne se commettant plus à l’autre bout du monde, sur un quelconque théâtre moyen-oriental ou africain, mais sous nos yeux et à nos fenêtres, preuve que le monde est devenu bien trop étroit pour que l’on tolère que l’intolérable y prenne place, même dans ses contrées les plus reculés.

Mais à écouter les déclarations revanchardes des uns et des autres, à voir se noyer dans la salive de leurs éructations certains islamophobes et à contempler cet aréopage d’ennemis de la liberté, prendre part à la marche de dimanche dernier, on ne peut s’empêcher de craindre que prenne forme une nouvelle imposture et que de bien sombres moments s’abattent, à nouveau, sur l’humanité.

Mohamed MerahMehdi Nemmouche, Amedy Coulibaly, Saïd et Chérif Kouachi  ne furent jamais que des seconds couteaux. De pauvres minables que la république avait oubliés sur le bas-côté et qui naviguèrent, un moment, entre rap et rapine, avant de s’en prendre au  reste du monde. La vérité est ailleurs que dans les banlieues sinistrées de la Gaule. Les cerveaux de la tragédie ont depuis longtemps été  identifiés. Des imposteurs qui somnolent tranquillement, sur des matelas de pétrodollars, repus d’agapes, pendant que des danseuses du ventre désespèrent  de réveiller en eux, une ardeur défunte. Même pas comique. Plutôt ridicule. Et l’on comprend un peu mieux pourquoi ces Tartuffe qui ne servent à rien et se servent royalement au passage, craignent autant les caricatures et instrumentent d’autres, afin d’assassiner les caricaturistes, ceux-là mêmes qui, précisément, ridiculisent le ridicule, pour notre plus grand bonheur,!

Cruelle réalité que celle que l’on s’apprête à vivre, comme au lendemain du 11 septembre, la traque des lampistes, avec ce risque avéré de ramener dans la nasse bien des innocents. Des victimes collatérales, s’excuseront-ils, sans autre forme de procès et pour solde de tout compte. Pendant que se poursuivront la danse du ventre et le bal des faux-culs !

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Maroc, la psychiatrie punitive au secours des corrompus

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On savait que dénoncer la corruption au Maroc pouvait vous coûter votre poste, vous valoir d’être exilé au  fin fond d’une province inhospitalière du Maroc inutile ou quelques mois de prison. Mais voilà que nos autorités se mettent à innover, en piochant dans le  sinistre répertoire des défuntes républiques soviétiques, la Psychiatrie punitive, la tristement célèbre Psikhouchka. Des thérapeutes aux ordres vous diagnostiquaient alors, une soudaine Schizophrénie torpide  qui vous valait un internement aussi soudain qu’indéterminé, histoire de vous mettre hors d’état de nuire.  

C’est à ce traitement que goûte actuellement Mohamed Ouazzane, architecte, chef du service de l’habitat et de l’environnement à la Préfecture de Settat, interné depuis qu’il a dénoncé la corruption et le trafic d’influence. La famille soutient que l’intéressé menait jusque là une carrière professionnelle irréprochable et qu’il jouit d’une excellente santé mentale, avant de préciser qu’il doit son enfermement au fait qu’il aurait constitué un dossier démontrant la collusion entre des responsables de l’autorité et des promoteurs immobiliers de la région. L’homme aurait dressé une liste exhaustive de tous ceux qu’il accuse d’être partie prenante dans de vastes opérations illégales d’enrichissements. Parmi les accusations portées, celle de la délivrance d’autorisations de construire, sur des sites interdits à la construction tels que des vallées inondables, ou des lits de rivières comme ceux des Oued Moussa et Ghadr ou encore la transformation de zones vertes en zone constructibles.

C’est en voulant remettre une première partie des documents compromettants au conservateur du palais d’Agadir que l’homme a été arrêté, interrogé avant d’être interné à l’hôpital psychiatrique de la ville voisine d’Inzeggane.

Affaire à suivre !

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Les autorités marocaines interdisent une caravane de solidarité avec les victimes des inondations

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Les autorités marocaines ont interdit vendredi 12 décembre, une caravane de solidarité avec les victimes des dernières inondations organisée par un groupe de dix-sept (17) associations, au prétexte qu’elle n’était pas au bénéfice d’une autorisation de bienfaisance publique. Une mesure qui, selon Omar Daoudi, avocat, serait illégale, l’autorisation en question ne s’appliquant qu’à la levée de fonds et leur manipulation et non aux dons en nature, dont il est question.

La cargaison destinée essentiellement aux sinistrés de Guelmim, Tiznit et Ifni a fait l’objet d’une saisie, alors même qu’elle était en cours de chargement, au quartier Yacoub El Mansour à Rabat et les initiateurs ont été informés qu’ils devaient se munir d’une autorisation légale, pour procéder à son acheminement aux sinistrés ou rechercher avec les autorités un autre moyen de l’acheminer aux populations concernées.

Dans un entretien accordé au site électronique Badil Info, l’un des responsables de la caravane, a rappelé que la mesure enfreignait l’Article 40de la constitution qui stipule que  « Citoyens et citoyennes supportent solidairement et proportionnellement à leurs moyens, les charges résultant des calamités nationales et des catastrophes naturelles.  »

Ce n’est pas la première fois que le Makhzen s’en prend à une caravane de solidarité.

On se souvient qu’en février 2012, le pacha de la ville de Nador avait interdit une caravane de solidarité, organisée par un comité de dix-huit (18) associations.

Il s’agissait de porter des couvertures, des matelas et des vêtements aux habitants du Moyen Atlas, au plus fort d’un hiver rigoureux qui avait fait plusieurs morts, dont des nourrissons. La même mesure avait été prise contre une initiative du genre, une année plus tard, lorsqu’il s’était agi de porter secours aux populations d’Anfgou, que les intempéries et les chutes de neige avaient, une fois de plus, coupées du reste du monde. Cette fois-ci les autorités avaient argué que derrière ce genre d’initiatives pouvaient se dissimuler quelques sombres desseins prosélytes d’extrémistes islamistes.

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