Un hiver au printemps pour « Le Poète du peuple » et « Le Rossignol du vingt février »

Younes Belkhdim, lors d’une manifestation du 20 février à Casablanca

Cette fois c’est officiel, Lhaqed est passé du stade de chanteur engagé, à celui de prisonnier d’opinion, adopté par Human Right watch. Une claque de plus pour le régime du makhzen ! Un démenti à ses allégations de démocratie ! Un désaveu cinglant pour la campagne de répression qu’il a décidé d’intensifier contre les mouvements démocratiques !

En effet,  l’organisation de défense des droits de l’homme vient de se fendre d’un communiqué, dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il prend fait et cause pour le rappeur, qualifiant l’objet de son incarcération, soit le montage photo du policier, à tête d’âne, traînant par le col de sa vareuse, un manifestant et le texte de la chanson qui l’accompagne, de faits relevant de la liberté d’expression, reconnue par la nouvelle constitution.

– « Ce cas relève de la liberté d’expression pure et simple ! » a dit en substance Sarah Leah Whiton, Directrice de l’organisation, pour les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, avant d’ajouter, lapidaire :

– « Chaque jour que Belghouat passe en prison rappelle la distance qui sépare les lois et les pratiques marocaines, des droits que la nouvelle constitution garantit. »

Le stratagème utilisé par la justice marocaine n’aura, une fois de plus, trompé que ceux qui veulent bien y croire. La suite de la déclaration de la responsable de l’organisation de veille des droits humains, en dit plus sur l’appréciation par la communauté internationale du simulacre de démocratie que vivent les marocains.

–  » Si le Maroc voulait donner de la substance aux libertés qu’il professe dans sa nouvelle constitution, il serait bien inspiré de commencer par l’abolition de ces lois répressives qui peuvent vous envoyer en prison, pour avoir produit des raps et des vidéos à consonance politique. »

Le gouvernement Benkirane n’aura pas mis longtemps, avant de montrer ses limites face à la puissante machine du Makhzen et les outils répressifs qu’elle rôde depuis plus d’un demi-siècle aux dépens des citoyens épris de justice.

Un autre artiste goûte, désormais, aux délices de la prison. Il s’agit de Younes Belkhdim, surnommé « le poète du peuple ».

Arrêté le 30 mars alors qu’il participait à un sit-in de soutien à Mouad Belghouat, il végète en prison, après avoir vu sa demande de liberté provisoire, rejetée par le tribunal.

Physique de baroudeur, voix de tribun, moustache noire, cheveux gominés et textes déclamés dans un arabe littéraire châtié, donnaient à ce joueur de rugby, héros du petit peuple, un air d’Omar Sharif et au rassemblement du vingt février, des allures de production hollywoodienne, narrant l’An Un d’une quelconque épopée révolutionnaire.

Sans armes, sans haine et sans violence ! Juste le verbe, à la fois malicieux et acéré, ironique et aiguisé, subtil et incisif !

A l’écouter, on comprend mieux, pourquoi il faisait tellement mal aux absolutistes et leurs défenseurs.

– « Il vaut mieux l’avoir à ses côtés, que dans le camp d’en face ! » disent de lui ses amis.

Pour trouver de la colère, il faut chercher dans l’œil de Younes, lorsqu’il récite ses textes jusqu’à les hurler !

Le regard se fait noir de fureur et le poing se crispe d’avoir vu et vécu « tout ça ». Il évoque les souffrances du peuple, ses privations, son agonie.

Parfois, la malice reprend le dessus et le poète manque de rire à ses propres vannes, puis se reprend lorsqu’il évoque la répression, la prison, la prédation, le mépris du « camp d’en face »,  ceux qu’il a surnommés les rois de la honte ou encore les rebuts du colonialisme, dans un de ses poèmes, lors de la marche de l’Oulfa, en soutien à Mouad Lhaqed.

Dans ses vidéos mémorables, on le voit tantôt juché sur une camionnette, tantôt déroulant d’un pas décidé, des strophes, au milieu d’une foule déchaînée de Vingt-fébréristes, étendards au vent et poings dressés. Fusent les applaudissements et les « 3acha acha3b », « vive le peuple », lorsque tel un athlète, l’aède reprend son souffle.

Une autre image touchante le montre, au plus fort des manifestations de l’été dernier, keffieh palestinien sur la tête,  en guise de pare-soleil,  buste cassé, faisant le signe de la victoire à l’adresse du photographe ! Aux antipodes de toute violence.

Pourtant, paradoxe de l’exception marocaine : celui qui n’abusait que du verbe, est accusé de voies de faits avec préméditation, de dégradation de biens publics et de participation à bande armée ! Rien que ça ?

Les absolutistes auront puisé dans l’arsenal juridique autant que dans la boue de leurs turpitudes et la fange de leur compromission, tout ce qu’ils pouvaient, pour réduire, pour un bon moment, au silence, cet autre troubadour du mouvement du vingt février.

Battu lors de son arrestation, torturé lors de son interrogatoire, isolé dans sa cellule, harcelé par ses geôliers, « Le poète du peuple » s’est tu, tout comme « le rossignol du vingt ». Embastillés dans le même établissement, privés de printemps, ces deux-là restent un danger mortel pour le régime du makhzen qui leur interdit toute rencontre. De leur complicité pourrait, en effet, jaillir quelques lumières, fuser quelques idées et se concocter quelques autres textes géniaux, encore plus assassins pour les responsables de la tragédie marocaine.

Mais s’il est une chose que l’histoire nous a enseignée, c’est que les printemps finissent toujours par revenir. Les oiseaux aussi, pour chanter la liberté retrouvée, même s’il se trouve quelques crétins despotiques que leurs pépiements dérangent ou exaspèrent

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